Pose de colliers historique pour les éléphants du Parc National de Tsavo grâce au Kenya Wildlife Service

À la fin du mois de mars, neuf éléphants ont été équipés avec succès d’un collier à système de reconnaissance par satellite dans les grands Parcs nationaux de Tsavo Est et Tsavo Ouest, au Kenya. Cette opération a été menée à bien par une équipe composée de membres du Kenya Wildlife Service (KWS) et du Fonds international pour la protection des animaux (IFAW). Le nombre total de pachydermes dotés de tels colliers est donc désormais de 12, une première opération similaire ayant pris place il y a un an.

Il s’agit là du premier projet de surveillance des mouvements des éléphants à grande échelle s’appuyant sur des technologies satellites dans les parcs de Tsavo. La dernière opération de suivi des éléphants, effectuée avec des colliers à émetteurs radio, remonte à 1971, il y a plus de 40 ans.

Le Dr Jeremiah Poghon, vétérinaire du KSW, endort les éléphants à l’aide de fléchettes de tranquillisants tirées depuis un hélicoptère.Les quatre premiers éléphants ont été endormis dans le secteur nord de Tsavo Est. Pour l’équipe au sol, l’opération a débuté dès 4h du matin lors du départ du convoi.

C’est le Docteur Jeremiah Poghon, vétérinaire du KWS, qui s’est chargé d’endormir les éléphants à l’aide de fléchettes tirées depuis un hélicoptère. Il a touché les neuf éléphants du premier coup.

Les noms donnés aux éléphants ciblés associent le nom du site où la pose de collier a eu lieu et le sexe de l’animal. Ainsi, le premier éléphant équipé d’un collier dans la matinée du 19 mars a été appelé Emusaya Male (EM). Il s’agissait d’un « jeune » mâle adulte d’environ 30 ans. Il ne portait plus que sa défense gauche, une caractéristique qui s’est révélée étrangement courante durant l’opération.

Le deuxième animal ciblé répond au nom de Ndiandasa Male (NM). Il était âgé de 35 ans environ et ne possédait là encore qu’une seule défense, la gauche. NM avait deux pointes de flèches fichées sur le côté du ventre (voir photo 2). Ces blessures témoignent d’un acte de braconnage ou d’un conflit homme/éléphant. La peau très épaisse des éléphants ne permet pas au pus de s’écouler, ce qui peut provoquer de très graves infections internes, affaiblir l’animal et entrainer une mort lente et douloureuse. Heureusement, les vétérinaires ont cette fois-ci pu nettoyer et traiter ces plaies. NM a eu beaucoup de chance!

Ithumba Male (IM) est le troisième pachyderme que nous avons ciblé. Agé entre 20 et 25 ans, il n’avait lui aussi qu’une seule défense… la gauche. Mais cette série noire s’est arrêtée avec le dernier animal, Sangayaya Female (SGF), une femelle elle aussi âgée d’environ 20 à 25 ans, qui avait encore ses deux défenses.

Le jour suivant, quatre autres éléphants ont pu être endormis et équipés d’un collier satellite.

La femelle Maktau Female (MKF), dotée d’une seule défense.

Le premier était un mâle énorme nommé Kasigua Male (KM) et âgé d’au moins 40 ans. Il a été suivi par Maktau Female (MKF), qui n’avait qu’une seule défense. Nous nous sommes ensuite occupés de Jipe Male (JM), entre 35 et 40 ans, et auquel il manquait au moins 15 centimètres de trompe. Il s’est probablement retrouvé pris au piège dans un collet, qui a sectionné l’appendice.

Njukini Female (NJF) a été le dernier éléphant de la journée. Nous avons trouvé cet individu âgé de 20 à 25 ans au sein d’un groupe de 80 autres, au-delà de la limite ouest du Parc national de Tsavo Ouest, à proximité de la Tanzanie.

Les biologistes qui se trouvaient à bord de l’hélicoptère, Steve Njumbi d’IFAW et David Kimutai du KWS, ont noté que les membres de ce troupeau avaient une taille et des défenses différentes de celles des autres éléphants de Tsavo. Ils étaient plus petits, leurs défenses étaient plus courtes, plus fines et plus droites, et leur colonne vertébrale ressortait nettement. Ces observations ont ensuite pu être confirmées au sol, au moment de poser le collier à NJF. Nous supposons que le groupe faisait partie d’une population d’éléphants de forêt qui se déplace entre Tsavo Ouest et le Parc national du Kilimandjaro, en Tanzanie. Le collier de NJF nous permettra de confirmer ou d’infirmer cette hypothèse.

Pour finir, le dernier collier a été posé sur un jeune male en bonne santé, âgé de 20 à 25 ans et baptisé Kamboyo Male.  Nous avons laissé un peu d’espace entre son cou et le collier dans la mesure où il n’a pas fini sa croissance.

Notre priorité : le bien-être des animaux

Les 4 premiers éléphants ont été endormis et équipés de colliers le 1er jour en un temps moyen de  13 minutes chacun.

Dans ce type d’opération, limiter le stress des animaux est absolument primordial. Nous posons les colliers aussi rapidement que possible afin que l’éléphant puisse être réveillé dans les plus brefs délais. Lors de la première journée, les quatre pachydermes ont ainsi été endormis et équipés de leurs colliers en 13 minutes en moyenne. Les différentes étapes de l’opération consistent à mesurer la circonférence du cou de l’éléphant, à couper un collier de la longueur adéquate et à le passer autour du cou massif et lourd de l’animal à l’aide d’un crochet métallique.

Le deuxième jour, nous sommes parvenus à réduire le temps de pose à 10 minutes par animal en moyenne. Lors du troisième et dernier jour, le seul éléphant concerné a été équipé en neuf minutes, bien qu’il soit tombé en position assise lorsqu’il a été endormi – une posture très dangereuse dans laquelle les poumons peuvent être écrasés. Heureusement, il a été allongé sur le flanc en 30 secondes grâce à l’intervention de deux membres très expérimentés du KWS, le gardien Patrick Mulandi et le sergent Lelimo.

Au final, aucune blessure ni perte n’est à déplorer, que ce soit du côté des éléphants ou bien du personnel impliqué dans cette opération intrinsèquement dangereuse.  Cette efficacité remarquable reflète la préparation minutieuse des six derniers mois et l’expérience des équipes technique et logistique mobilisées.

IFAW et le KWS ont équipé ces éléphants de colliers dotés d’un système de reconnaisse par satellite afin de fournir des informations sur leurs mouvements et leurs comportements au sein de l’écosystème de Tsavo.

Dans cette région, la population humaine a crû depuis le premier projet de localisation, en 1971. De ce fait, les terres agricoles et les constructions humaines ont largement empiété sur les territoires habituels des éléphants. Ce développement a malheureusement conduit à la recrudescence des conflits hommes-éléphants (CHE).

En décembre 2011, un habitant a notamment été tué par un éléphant dans la région de Voi, à Tsavo Est. Dans ce cas de figure,  la communauté locale exige d’ordinaire que l’animal « meurtrier » soit purement et simplement tué. Cette fois pourtant, c’est la vie d’un membre du KWS qui a été réclamée.

Le braconnage au Kenya a atteint un niveau alarmant au cours des deux dernières années. Le KWS fait état d’au moins 278 éléphants tués pour leur ivoire l’an passé, contre 47 en 2007. Tsavo n’échappe pas à cette tendance préoccupante. Deux gardes forestiers y ont même été tués par des braconniers deux semaines avant le début de notre opération.

Ces poses de colliers visent à recueillir des informations pour que les meilleures décisions possibles puissent être prises en matière de résolution des CHE et de lutte anti-braconnage. Ils permettront également d’identifier les principaux couloirs de migration et les zones de dispersion hors des zones protégées.

Les données provenant des éléphants équipés d’un collier depuis l’an dernier nous fournissent déjà deux informations très intéressantes :

  1. Les éléphants sont relativement sédentaires, c’est-à-dire qu’ils ont des zones préférentielles au sein de l’écosystème dans lesquelles ils restent la plupart du temps. Nous déduisons que ce comportement est dû à un partage des ressources de l’écosystème opéré par les éléphants. En matière de gestion des populations, il s’agit là d’une bonne et d’une mauvaise nouvelle à la fois. Bonne, car cette sédentarisation permet de mieux prévoir où se trouvent les animaux et de concentrer nos efforts sur ces zones pour renforcer la sécurité et limiter les CHE. Mauvaise, car les braconniers peuvent eux aussi facilement localiser les éléphants.

 

  1. Une femelle a passé la majeure partie de son temps hors des zones protégées, dans une région dédiée à l’élevage au sud de Tsavo Est. En termes d’écologie et de gestion, cela « prouve » qu’il existe un couloir de migration et une zone de dispersion fréquentés par les éléphants hors des limites du parc, qu’il faut sécuriser. Il s’agit là d’une mauvaise nouvelle puisque la sécurité reste limitée hors des frontières du parc.

Savoir, c’est pouvoir. Nul doute que les informations collectées grâce aux douze colliers satellites nous permettront de relever les défis et de mieux protéger les éléphants ainsi que l’habitat dont ils dépendent dans l’aire de conservation de Tsavo.

--Steve Njumbi

 Agissez dès maintenant et aidez IFAW à protéger les éléphants du braconnage. Dites NON ! à l’ivoire en signant notre pétition.

 

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Directeur du programme Éléphants, Directeur régional Afrique australe
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