L'ivoire n'est pas indispensable aux affaires

L'ivoire n'est pas indispensable aux affaires

Le 8 décembre 2017, la Commission européenne a clôturé sa consultation en ligne visant à savoir ce que pensent les citoyens européens et les autres acteurs du commerce de l'ivoire. Actuellement, l'ivoire se vend sur Internet, dans des marchés et dans les salles des ventes de toute l'Union européenne. Plus tôt cette année, un sondage d'opinion réalisé dans 16 pays par IFAW a montré que 90 % des personnes interrogées n'étaient pas intéressées par l'achat de produits en ivoire et presque 65 % d'entre elles ont déclaré qu'elles soutiendraient une interdiction totale de tout commerce de l'ivoire dans l'UE. En parallèle, certaines des plus grandes salles des ventes au monde ont déclaré que l'interdiction de ce commerce impacterait négativement leurs affaires et leurs revenus.

J'ai découvert que ce n'était pas forcément vrai en discutant avec John Albrecht, PDG et propriétaire de Leonard Joel, l'une des plus importantes salles des ventes en Australie. Leonard Joel a pris une décision sans précédent en refusant de négocier, à compter du 1er janvier 2017, de l'ivoire brut (par exemple sous la forme de paires de défenses) ou de l'ivoire travaillé après 1921. De plus, ses salles des ventes ne participeront plus, à partir de janvier 2019, à la négociation d'ivoire travaillé datant d'avant 1921. « Les commissaires-priseurs ne font pas le lien entre leurs activités et les pratiques inutiles et inhumaines que sont le braconnage et le massacre d'éléphants », a expliqué John. Pourtant, elles sont directement liées et comme l'a montré l'action de la salle des ventes Leonard Joel, les commissaires-priseurs ne doivent pas s'inquiéter. Ils peuvent jouer un rôle positif sur cette chaîne d'approvisionnement sans impacter trop fortement leurs affaires.

Quand je lui ai demandé quels étaient les effets de cette décision sur les ventes, contrairement à ce qu'on aurait pu croire, John a révélé qu'ils n'avaient pas constaté de ralentissement des ventes l'année dernière. « En réalité, nos dernières ventes ont considérablement dépassé les prévisions. Et il n'y a pas eu de conséquences sur les emplois. » Une étude récente réalisée auprès de salles des ventes britanniques, les plus grandes importatrices et exportatrices d'arts et d'antiquités en Europe, va dans le même sens et montre que la quantité et la valeur des pièces en ivoire vendues par chacune des salles des ventes ne représentent en réalité qu'une petite partie de leur commerce (octobre 2017, ©Two Million Tusks).

John partage l'opinion d'IFAW selon laquelle les autorités gouvernementales et les organisations (commerciales) ne peuvent plus fermer les yeux, qu'il faut agir maintenant. « On ne peut pas attendre que le commerce d'ivoire devienne démodé, car il est rapidement dépassé par le nombre d'éléphants tués chaque année. » Lorsque le volume d'ivoire est retiré des marchés, la valeur, la demande et l'approvisionnement sont à leur tour interrompus.

IFAW demande donc à l'UE d'introduire une législation plus contraignante qui permettra d'interdire vraiment le commerce de l'ivoire, à l'exception de seulement quelques objets précis comme les instruments de musique ou les artefacts ayant une forte valeur historique. D'autres ONG se joignent à nous dans cette demande et nous avons reçu le soutien de nombreuses autres personnalités, notamment de 165 scientifiques venant de 33 pays différents, de députés européens, de la Coalition pour l'éléphant d'Afrique, des autorités de l'État de New York et d'E-Bay. Ils ont tous, comme John Albrecht, adressé une lettre au commissaire Européen pour l’environnement Karmenu Vella en lui demandant d'adopter une position plus sévère afin de fermer les marchés de l'ivoire dans l'UE.

Aujourd'hui, il faut agir car les animaux sont essentiels à l'équilibre des écosystèmes dont nous, humains, avons besoin pour survivre. Un éléphant vaut bien plus vivant que mort !

Vous avez raté la consultation de la Commission, mais vous souhaitez quand même participer ? Rejoignez notre campagne #NoIvoryinEU et signez notre pétition en cliquant ici afin d'ajouter votre voix à celles de toute l'Europe pour mettre un terme au commerce de l'ivoire et aux pratiques de braconnage qui en résultent.

Post a comment

Nos experts

Directeur général
Directeur général
Beth Allgood, Directrice d’IFAW aux États-Unis
Directrice d’IFAW aux États-Unis
Céline Sissler-Bienvenu, Directrice France et Afrique francophone
Directrice France et Afrique francophone
Conseillère politique en chef
Conseillère politique en chef
Dr. Joseph Okori
Directeur régional Afrique Australe et directeur du programme de conservation des habitats
Faye Cuevas, Vice-présidente
Vice-présidente
Grace Ge Gabriel, Asia Regional Director
Directrice régionale Asie
Kelvin Alie, Vice-président exécutif
Vice-président exécutif
Patrick Ramage, Directeur du programme Conservation de la faune marine
Directeur du programme Conservation de la vie marine
Rikkert Reijnen, Directeur du programme criminalité faunique
Directeur du programme criminalité faunique