Les pièges à mâchoires continuent de mutiler la faune en France

Le renard libéré de son piège. ©C. Sissler-Bienvenu

Lorsque je retourne en Alsace, la région dont je suis originaire, j’aime prendre ma fille de 6 ans par la main et l’emmener avec moi dans cette immense et profonde forêt de sapins  qui borde la maison de mes parents. Je lui raconte mes belles rencontres d’autrefois avec des biches, chevreuils ou encore renards lorsqu’enfant, j’identifiais et suivais leurs traces fraîches laissées à l’aube ou que je les attendais des heures durant, tapie en haut d’un mirador.

Mais il y a peu, nous n’avons pas eu à nous enfoncer au cœur de cette forêt à la recherche de ceux qui la peuplent et l’enchantent.  L’un de ses habitants est venu, tristement, à nous…

Sans doute ne l’aurions-nous pas vu si l’un de nos chiens ne s’était pas mis à aboyer de façon très insistante afin de nous alerter.

Le renard était là, sur notre terrain, silencieux, prisonnier d’un buisson de ronces qui lui avaient égratigné le museau. Il restait immobile, ne cherchait aucunement à fuir et, lorsque j’ai croisé son regard, j’ai pu lire cette frayeur si caractéristique de l’animal pris au piège.

Et c’est ce qu’il était, pris dans un piège à mâchoires, une catégorie de piège pourtant interdite depuis 1995 en raison des souffrances induites et mutilations provoquées à l’animal qui en est victime. Les os d’une de ses pattes antérieures étaient broyés et les mâchoires du piège avaient sectionné une partie de son membre. Le piège ne tenait plus qu’à quelques lambeaux de chair. Pourtant, il avait réussi à casser la chaine de fixation du piège et s’était réfugié chez nous. Depuis combien de temps trainait-il ce piège ? Difficile à dire. Certainement plus de 24 heures…

Le renard pris dans un piège à mâchoires. ©C. Sissler-Bienvenu

Je l’ai recouvert d’une couverture afin de réduire son stress lié à notre présence et, avec des amis forestiers, à l’aide d’une énorme tenaille, nous avons ouvert ce piège afin de le libérer.  Il s’en est allé très rapidement puis d’un seul coup, il s’est immobilisé, s’est tourné vers nous et nous a regardés plusieurs secondes avant de s’éloigner. Ma fille de 6 ans se plaît à penser que c’était sa façon à lui de nous remercier.

Malheureusement, le renard reste classé comme un animal nuisible dans de nombreuses régions, par conséquent son piégeage reste autorisé. Néanmoins, l’utilisation des pièges à mâchoires étant proscrite, nous avons alerté les autorités concernées de l’utilisation de ce piège et une enquête est en cours. Affaire à suivre…

Céline Sissler-Bienvenu 

 

 

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