Les discrètes baleines à bec observées au large de l'île Kangourou, en Australie

Baleines à bec observées au large de l'île Kangourou, Australie - Copyright IFAW/Scott Sheehan.

Avec mes collègues de la société Marine Conservation Research (qui exploite le Song of the Whale d'IFAW, un navire de recherche sur les baleines unique au monde) et quelques chercheurs australiens spécialistes des cétacés, j'ai mis le cap le mois dernier sur les eaux au large de la côte ouest de l'île Kangourou pour une campagne d'étude des baleines.

C'est toujours excitant de prendre la mer, mais ce voyage nous réservait une surprise dont personne à bord n'aurait pu se douter.

Les eaux qui entourent l'île Kangourou sont considérées comme un haut lieu de rassemblement des cétacés : de nombreux documents gouvernementaux et rapports de recherche font état de l'importance du secteur pour diverses espèces de baleines et de dauphins. Malgré ce consensus, on manque de données scientifiques détaillées sur cette zone, en particulier pour les mois d'avril et de mai. C'est également à cet endroit-là et à cette époque de l'année que la société pétrolière Bight Petroleum a l'intention de mener des tests sismiques pour tenter de localiser des gisements de gaz et de pétrole sous le plancher océanique. IFAW s'inquiète beaucoup à l'idée que cette activité bruyante et agressive puisse être autorisée à un endroit dont l'importance pour les baleines n'a pas encore fait l'objet d'études poussées.

C'est pourquoi nous avons pris la mer sur le SV Pelican pour effectuer des relevés visuels et acoustiques. Tout au long de la campagne, des observateurs ont cherché à voir des baleines pendant la journée lorsque la météo le permettait, et une surveillance acoustique a été menée 24 h/24 à l'aide de microphones sous-marins appelés hydrophones. Comme les baleines et les dauphins passent très peu de temps à la surface et utilisent les sons pour communiquer, s'orienter et trouver des proies sous l'eau, la surveillance acoustique est l'une des méthodes les plus efficaces pour détecter ces animaux.

Nous avons passé de longues journées à parcourir la zone prévue, en écoutant le monde sous-marin et en collectant de grandes quantités de données acoustiques. Le dernier jour, alors que la météo s'était nettement améliorée et que l'équipage faisait preuve d'un enthousiasme redoublé, nous avons tous pensé que c'étaient les conditions idéales pour apercevoir des baleines.

Par chance, nous n'avons pas attendu longtemps ! Dans la matinée, pendant un changement de quart, l'assistante de recherches Bec Wellard a soudain crié : « Elle souffle ! » Après avoir vérifié dans ses jumelles, elle a confirmé la présence d'un groupe de baleines à l'horizon.

En suivant les cétacés, nous nous sommes vite rendu compte qu'il s'agissait de baleines à bec. Les observations de baleines à bec sont généralement assez brèves, car cette espèce ne se montre pas curieuse vis-à-vis des bateaux. Quelle n'a pas été notre surprise lorsque les trois animaux se sont approchés de notre navire de recherche ! Nous avons pu les admirer sous toutes les coutures – leur taille, leur rostre (le bec) bien marqué, la forme unique de leur tête, leur couleur distinctive –, ce qui nous a permis de confirmer qu'il s'agissait de tasmacètes de Shepherd, l'une des espèces les plus rarement observées !

Ces mammifères marins très mystérieux n'ont été vus qu'à quelques reprises dans le monde. Ils font partie des plus grandes espèces de baleine à bec, mesurant environ 7 m de long, soit la moitié de la taille d'une baleine à bosse. On dispose de très peu d'informations sur le régime alimentaire et le comportement en plongée des tasmacètes de Shepherd, mais on sait que d'autres baleines à bec plongent jusqu'à 1 000 m de profondeur pendant des périodes prolongées, à la recherche de calmars et de poissons dans les canyons sous-marins.

Malheureusement, on pense que les baleines à bec sont les cétacés les plus sensibles aux effets négatifs du bruit d'origine humaine. Des échouages et des décès de baleines à bec ont été liés à l'utilisation de sonars militaires et on pense que d'autres sources sonores, comme la navigation et les tests sismiques, sont susceptibles d'affecter ces espèces à l'ouïe délicate.

Pour en savoir plus sur notre rencontre, vous pouvez lire l’article que la chaîne australienne ABC y a consacré récemment (l'article est en anglais). Bien que l'analyse de tous les enregistrements acoustiques que nous avons réalisés pendant la campagne soit toujours en cours, nous espérons que cette observation unique contribuera à améliorer nos maigres connaissances sur ces baleines si discrètes et sur cette zone isolée et vierge si importante pour les cétacés.

Sharon Livermore

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