Le Forum international sur la Conservation des ours polaires doit déboucher sur une stratégie coercitive

Cette semaine, des dignitaires du monde entier et des représentants d’organisations non-gouvernementales se réunissent dans la capitale russe à l’occasion du Forum international sur la Conservation des ours polaires pour célébrer le 40e anniversaire de l’Accord sur la conservation des ours blancs. Signé par les cinq pays de l’aire de répartition des ours polaires, ce traité international a été rédigé à une époque où la chasse avait dangereusement réduit le nombre de ces animaux.

Or, malgré les promesses de cet accord, les populations d’ours blancs devraient diminuer de deux tiers d’ici 40 ans. Si ces prévisions sont exactes, il ne restera alors plus que 6 à 7 000 individus en Arctique.

Seules cinq ONG sont présentes au Forum, dont le Fonds international pour la protection des animaux (IFAW). Nous invitons les décideurs politiques à se rassembler une fois de plus au nom des ours polaires et à définir une nouvelle stratégie de conservation afin de protéger cette espèce emblématique de l’Arctique. La survie de celle-ci est en effet aujourd’hui compromise par de nombreuses menaces : changement climatique, pollution liée à la prospection pétrolière et gazière, conflits entre hommes et animaux et exploitation commerciale (chasse à des fins lucratives).

Compte tenu de la gravité de la situation, IFAW n’a pas hésité à se montrer véhément dans son opposition à la chasse aux ours polaires, jugée aussi superflue que dangereuse.

Selon nos estimations les plus précises, plus de 400 ours blancs seraient massacrés sans distinction chaque année pour leur fourrure et d’autres parties de leur corps. Or, à chaque fois qu’un ours polaire disparaît, c’est l’avenir de la génération suivante qui est mis en péril.

C’est pourquoi IFAW s’est engagé dans la lutte contre le changement climatique en soutenant une coalition mondiale, tout en exigeant le renforcement législatif de la protection des animaux, l’interdiction du commerce international des parties d’ours polaires et la mise en œuvre de mesures répressives strictes afin de limiter le nombre d’ours tués pour alimenter le trafic mondial.

Il y a quelques mois, IFAW Russie a conduit une étude approfondie afin de contrôler les sites Internet en langue russe incitant à l’achat et à la vente de produits dérivés d’animaux menacés.

En l’espace d’un mois à peine, nous avons trouvé pas moins de 75 annonces relatives à l’achat ou à la vente de produits dérivés de l’ours polaire, principalement des peaux ou des tapis faits en peau.

Nous avons même déniché trois annonces liées à la vente d’oursons, dont celles-ci : « Ourson apprivoisé en vente. Âgé d’un mois. Idéal pour domptage » et « Oursons issus d’une infirmerie en Europe. Livrés avec certificats ». Une autre, portant sur un meuble de luxe, m’a littéralement glacé le sang : « Canapé en peau d’ours polaire, bois de chêne sculpté, peau de python, bronze et dents d’orque ».

Ces exemples sont certes purement anecdotiques. Ces articles pourraient d’ailleurs tout aussi bien être fabriqués à partir d’ours tués ou capturés en toute légalité, conformément aux quotas en vigueur au Canada, le seul pays à encore autoriser le massacre d’ours blancs à des fins commerciales. Néanmoins, ces annonces attestent de l’existence d’un marché en Russie, un État déjà tristement célèbre pour le braconnage des ours blancs.

D’une manière générale, la demande est en hausse et les riches collectionneurs sont prêts à payer des sommes astronomiques pour se procurer des ours polaires morts !

Entre 2007 et 2012, nous avons ainsi constaté une hausse de 375 % du nombre de peaux d’ours polaires mises aux enchères au Canada.

Cet été, une peau y a même été vendue 22 000 dollars canadiens aux enchères, ce qui représente une hausse de 50 % par rapport à l’année précédente.

Une étude menée en novembre dernier fait également état d’une peau similaire mise en vente à 64 000 dollars canadiens.

À l’issue du Forum international sur la Conservation des ours polaires, il est donc primordial de mettre en place une stratégie globale pour préserver cette espèce.

Nous devons non seulement poursuivre nos efforts pour réduire les émissions de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale, mais aussi éliminer en parallèle toutes les autres menaces qui planent sur les ours polaires, et notamment la chasse non durable à des fins commerciales. Il nous faudra pour ce faire prendre des décisions difficiles, mettre en place des mesures politiques significatives et nous engager à les appliquer aussi bien dans les pays de l’aire de répartition des ours polaires que dans les pays consommateurs.

L’Accord sur la conservation des ours blancs signé en 1973, dont nous fêtons l’anniversaire cette semaine, offrait une approche visionnaire dans la protection des ours à l’époque où il a été adopté.

Aujourd’hui, les menaces sont toutefois plus vastes, plus complexes et parfois même plus graves. Les stratégies qu’il nous faut désormais adopter doivent donc être à la hauteur du défi. C’est là le seul moyen de garantir la survie et le développement prospère des ours blancs pour les quarante prochaines années.

Azzedine Downes

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