Le bruit des océans cité parmi les causes de l'échouage en masse de cétacés en 2008 au large des côtes de Madagascar

L'auteur examine un dauphin d'Électre mort à Madagascar.Il y a quatre ans, je suis accourue à Madagascar pour tenter d'empêcher plus de 100 dauphins d'Électre de s'échouer et de mourir sur les côtes de l'île. Comme la plupart des espèces de cétacés, les dauphins d'Électre sont des animaux très sociables. Pour se reproduire, se nourrir et s'orienter, les sons leur sont indispensables, que ce soit pour la communication ou l'écholocalisation. Dans un environnement marin de plus en plus sonore à cause des bruits d'origine humaine, la tâche est difficile.

Cette semaine, un Comité d'experts scientifiques indépendants (Independent Scientific Review Panel, ISRP) a publié ses conclusions sur l'échouage en masse qui s'est déroulé en 2008. Après avoir étudié les données sur l'échouage et les informations relatives aux activités menées dans le voisinage, le comité a conclu que l'utilisation de systèmes échosondeurs multifaisceaux (MBES) était « la cause la plus plausible ayant incité les cétacés à pénétrer dans un premier temps dans le système lagunaire », entraînant leur incapacité à retrouver la pleine mer et enfin leur échouage. 

Cette conclusion est extrêmement importante, car c'est la première fois qu'un événement d'échouage est étroitement associé à des systèmes de cartographie par sonar à relativement haute fréquence.

Lors de cet échouage, je suis intervenue avec CT Harry, un autre membre de l'équipe de Sauvetage et recherche sur les mammifères marins (MMRR) du Fonds international pour la protection des animaux (IFAW), et des collègues de la Wildlife Conservation Society (WCS). L'équipe MMRR d'IFAW a été sollicitée à cause de sa grande expérience de l'intervention suite à des échouages en masse, et en particulier de notre programme innovant de prévention des échouages en masse.

C'est ainsi qu'en juin 2008, 24 heures après avoir été avertis, nous étions dans l'avion à destination d'Antsohihy, dans le nord-ouest de Madagascar, avec un chargement de matériel. Beaucoup d'animaux étaient déjà morts avant que l'événement ait attiré l'attention des médias du monde, mais nous espérions pouvoir faire quelque chose pour ceux qui restaient apparemment bloqués dans le système lagunaire, incapables de retrouver leur habitat normal.

Nos efforts ont connu un succès mitigé.

À l'aide de bateaux, nous avons tenté de guider les animaux depuis le port d'Antsohihy vers la pleine mer, sur plus de 69 km. Nous n'avions jamais essayé de guider des animaux sur un aussi long trajet, et dans une zone aussi large (presque 7,4 km maximum). Même si nous avons réussi à rapprocher un grand nombre d'animaux de la sortie de la lagune chaque jour, seuls quelques-uns ont réussi à s'échapper pendant nos efforts.

Nous avons laissé une grande partie de notre équipement aux intervenants locaux pour qu'ils puissent poursuivre leurs efforts afin de sauver les animaux.

L'effet des sonars, des activités sismiques et autres bruits industriels sur les mammifères marins est loin de se cantonner à Madagascar. La pollution sonore des océans est un problème croissant qui touche le monde entier, remplissant le monde sous-marin d'une cacophonie de bruits : explosifs, battage de piliers, forages, dragages, impulsions sismiques et bruits des navires.

IFAW travaille dans le monde entier pour lutter contre ces menaces et améliorer les approches relatives à la prospection pétrolière off-shore, à l'exploitation gazière, au développement industriel et à la navigation. Depuis les terrains d'alimentation des dernières baleines grises occidentales près des îles Sakhaline dans l'Extrême-Orient russe jusqu'aux habitats cruciaux pour les cétacés au large de l'Australie, en passant par les côtes atlantiques des États-Unis et de l'Europe, IFAW s'attache à promouvoir des solutions pratiques pour réduire la menace mortelle que représente la pollution sonore des océans et protéger les populations de baleines de notre planète.

Chaque échouage est différent et doit faire l'objet d'une enquête approfondie et objective, afin de nous aider à en comprendre les causes possibles. Ce qui est certain, c'est que le bruit des océans est une menace réelle et croissante pour les dauphins et les baleines du monde entier : nous ne pouvons pas nous permettre de l'ignorer.

Katie Moore

Pour plus d'informations sur le travail de notre équipe de Sauvetage et recherche sur les mammifères marins, consultez notre site Internet.

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Nos experts

Dr. Maria (Masha) N. Vorontsova, Directrice Russie et CEI
Directrice Russie et CEI
Patrick Ramage, Directeur du programme Conservation de la faune marine
Directeur du programme Conservation de la vie marine