La tragédie du lion Cecil, une icône nationale victime de la chasse aux trophées

Il y a quelques semaines, le lion Cecil, véritable emblème local prisé des touristes et des chercheurs, a été appâté hors des frontières d’un parc national au Zimbabwe.

Il a alors été blessé d’une flèche d’arbalète par un chasseur, vraisemblablement un dentiste du Minnesota, aux États-Unis, qui aurait payé 50 000 dollars (45 600 euros) pour s’offrir la tête du lion. Souffrant probablement le martyr, Cecil a continué de fuir ses assaillants pendant 40 heures avant de s’effondrer.

Les chasseurs ont fini par retrouver sa trace et ont mis fin à ses jours d’une balle dans la tête.

Tuer un mâle dominant comme Cecil peut avoir des répercussions catastrophiques. Cecil n’est en effet plus en mesure de protéger sa meute des lions solitaires : les autres mâles, ses petits et les femelles sont désormais en danger. À travers la mort du chef de meute, c’est donc la vie de nombreux autres lions d’Afrique, une espèce menacée d’extinction, qui est désormais en jeu.

On ne compte plus que quelque 32 000 lions à l’état sauvage. Leur population a diminué de 60 % au cours des trois dernières décennies. Victime de la perte d’habitat et des conflits et représailles avec les communautés locales, l’espèce est également directement menacée par la chasse aux trophées, une activité non durable dont le rôle dans le rapide déclin des lions continue d’être sous-estimé, peut-être même sciemment.

Cette chasse, qui semblerait donc avoir été l’œuvre d’un dentiste américain, est bien évidemment abjecte. Malheureusement, elle n’a rien d’inédit et s’apparente aux chasses sportives qui ont régulièrement lieu en Afrique et ailleurs. Plusieurs espèces menacées d’extinction, notamment des lions, des rhinocéros, des léopards, des éléphants et des ours polaires, continuent d’être tuées pour le plaisir des amateurs de chasse sportive.

Pire, plus une espèce se fait rare, plus elle est prisée par les amateurs de chasse.

Ainsi, un membre du Dallas Safari Club a récemment déboursé 350 000 dollars pour tuer un rhinocéros noir en danger de disparition en Namibie.

Par ailleurs, si Cecil a été abattu de façon tout à fait illégale, de nombreux animaux menacés d’extinction continuent d’être tués en toute légalité sous couvert de mesure de « conservation ». En d’autres termes, les chasseurs payent le droit de tuer un animal rare, et les fonds levés seraient reversés à des projets de conservation ou aux communautés locales. En vérité, seulement 3 à 5 % de l’argent issu de ces chasses extravagantes revient aux communautés locales, le reste étant réparti entre les multiples acteurs et intermédiaires impliqués, des gouvernements nationaux aux équipementiers étrangers.

À LIRE AUSSI : Blood Lions : le documentaire qui révèle l’horreur de la chasse en espace clos en Afrique du Sud

La philosophie derrière cette pratique, à savoir que l’homme a le droit de tuer un animal pour sauver une espèce, ne fait aucun sens sur les plan économique, moral et biologique, et ne répond en aucune manière à des objectifs de conservation. D’ailleurs, plusieurs pays comme le Kenya ont interdit la chasse aux trophées et se sont tournés vers l’industrie bien plus rentable et durable de l’écotourisme qui, elle, ne sacrifie pas les espèces d’animaux sauvages.

Ces espèces d’animaux sauvages n’ont de valeur que lorsqu’elles vivent en liberté, à l’état sauvage, et qu’elles peuvent être admirées, et non tuées, pour leur beauté. Véritable icône nationale, Cecil représentait aussi une importante manne financière. Aujourd’hui, il n’est plus qu’un triste souvenir des conséquences désastreuses que peuvent entrainer l’avidité humaine et l’exploitation de la faune sauvage.

Jeffrey Flocken

Post a comment

Nos experts

Directeur général
Directeur général
Céline Sissler-Bienvenu, Directrice France et Afrique francophone
Directrice France et Afrique francophone
Directeur régional, Moyen-Orient et Afrique du Nord
Directeur régional, Moyen-Orient et Afrique du Nord
Dr. Joseph Okori
Directeur régional Afrique Australe et directeur du programme de conservation des habitats
Dr. Maria (Masha) N. Vorontsova, Directrice Russie et CEI
Directrice Russie et CEI
Faye Cuevas, Vice-présidente
Vice-présidente
Grace Ge Gabriel, Asia Regional Director
Directrice régionale Asie
Jeffrey Flocken, Directeur régional Amérique du Nord
Directeur régional Amérique du Nord
Kelvin Alie, Vice-président exécutif
Vice-président exécutif
Rikkert Reijnen, Directeur du programme criminalité faunique
Directeur du programme criminalité faunique
Représentant d’IFAW en Allemagne
Représentant d’IFAW en Allemagne
Tania McCrea-Steele, Chef de projet international Criminalité en ligne
Chef de projet international, Criminalité liée à la faune sauvage
Vivek Menon, Directeur du Wildlife Trust of India, partenaire d'IFAW
Directeur du Wildlife Trust of India, partenaire d'IFAW