La saison 2013 de la chasse à la baleine en Islande est arrivée à son terme : un sursis pour les baleines, mais pour combien de temps ?

2013 est à marquer d’une pierre noire : même si le nombre de baleines de Minke tuées a diminué, la chasse aux rorquals communs a connu un véritable essor.On distingue deux types de chasse à la baleine en Islande.

La première est la chasse à la baleine de Minke, aujourd’hui principalement pratiquée par un navire en particulier, l’Hrafnreyður KÓ-100.

Étant donné la faible demande en viande de baleine en Islande, le nombre de cétacés tués chaque saison pour alimenter le marché est en constante diminution. De 58 baleines de Minke tuées en 2011, on est passé à 52 en 2012, puis à 35 cette année.

Et pour cause : en Islande, moins de 5 % des habitants consomment régulièrement de la viande de baleine. En outre, grâce à la campagne d'IFAW « Meet Us Don’t Eat us » (Venez à notre rencontre, ne nous mangez pas) et à l’initiative « Whale friendly Restaurants » lancées dans tout le pays, le pourcentage de touristes qui s’essayent à la viande de cétacé est passé d’environ 40 % à 20 %.

Les chasseurs de baleines de Minke sont confrontés à une double problématique : leur volume de ventes est en constante diminution, tandis que leurs frais d’exploitation, eux, sont à la hausse. Cette année, face à l’agrandissement du sanctuaire d’observation des baleines et au mécontentement de l’industrie touristique islandaise, ils ont préféré se tenir à l’écart de l’immense baie de Faxafloi, située au large de Reykjavik, la capitale du pays.

Les chasseurs ont donc mis le cap sur les fjords, à l’ouest de l’île, au grand dam des amoureux des baleines venus admirer les cétacés entre Akureyri et Husavik, une zone privilégiée pour l’observation des baleines située au nord du pays. Sans surprise, la présence des baleiniers a également été vivement critiquée par les entreprises spécialisées dans l’observation des cétacés.

En cet automne particulièrement rigoureux, il ne nous reste plus qu’à attendre et à espérer que les baleiniers retrouvent la raison. Le tollé soulevé à l’échelle nationale et internationale, la perte de vitesse du marché de la viande de baleine et les maigres bénéfices réalisés dans le meilleur des cas sont autant d’indicateurs qui convergent vers un seul constat : la chasse à la baleine de Minke est une activité cruelle vouée à disparaître.

Le second type de chasse en Islande concerne le rorqual commun.

Au cours des dernières années, le rorqual commun n’a été chassé que par un seul opérateur. Il s’agit de Kristjan Loftsson, fils d’un baleinier qui a fait fortune dans la chasse à la baleine durant les années 1960, 1970 et 1980, avant qu’une grande partie de la communauté internationale (y compris l’Islande) ne prenne conscience de la cruauté de cette industrie et ne décide de mettre un terme au massacre des baleines.

M. Loftsson a repris la chasse au rorqual commun en 2009, sans que personne ne comprenne véritablement ses motivations : en Islande, la viande de baleine n’est quasiment plus consommée, et le Japon, le seul autre pays auquel l’entrepreneur peut vendre ses produits en vertu des lois du commerce international, ne semble pas très enclin à lui en acheter.

Il était donc logique que ses baleiniers restent au port en 2011 et en 2012. Contre toute attente, M. Loftsson a pourtant décidé en juin dernier de reprendre la chasse à la baleine de Minke, la deuxième plus grande baleine au monde.

Fin septembre, ses deux bateaux à vapeur datant des années 1940 sont donc rentrés à la station baleinière située en périphérie de Reykjavik avec pas moins de 134 rorquals communs à leur bord.

Heureusement, la mer a été pour le moins agitée cette année pour M. Loftsson.

Habitué à la tradition célébrant l’arrivée du bateau ramenant la première baleine de la saison, il s’attendait en effet à trouver dans le journal local une photo de lui en train de dépecer fièrement sa prise. Cette fois, il s’est pourtant fait ravir la vedette par un petit groupe de protestataires qui s’était réuni sur la colline surplombant la station baleinière et brandissait une banderole où l’on pouvait lire : « À quoi bon continuer la chasse à la baleine en Islande ? »

Quelques semaines plus tard, ce fut au tour du journal national de rapporter les déclarations inquiètes de l’un des actionnaires minoritaires de l’entreprise, très préoccupé par les pertes financières liées à la chasse au rorqual commun et par la dépréciation de la valeur des actions de la société.

Le moment le plus difficile de l’année a sans conteste été la décision des autorités portuaires de Rotterdam de refuser en juillet une cargaison de viande de rorqual commun, invoquant leur choix de ne prendre en aucun cas part à ce commerce aussi cruel que contesté.

Quelques jours plus tard, l’entrepreneur islandais a également dû se confronter aux photos étalées dans la presse et à la télévision d’un bateau d’observation des cétacés accueillant le retour de la cargaison avec des bannières accusatrices où l’on pouvait lire : « À quoi bon continuer la chasse à la baleine en Islande ? »

Le port de Rotterdam ayant désormais fermé ses portes au commerce de M. Loftsson, les possibilités d’exportation de la viande de baleine semblent se réduire comme peau de chagrin.

Malgré ces quelques bonnes nouvelles, 2013 n’en demeure pas moins une année à marquer d’une pierre noire, la nette augmentation du nombre de rorquals communs massacrés faisant vite oublier l’amélioration de la situation des baleines de Minke.

Il semble néanmoins que l’on assiste à un véritable changement des mentalités en Islande à l’égard de l’industrie de la chasse à la baleine : de plus en plus de citoyens s’interrogent désormais et osent demander publiquement : « À quoi bon continuer la chasse à la baleine en Islande ? »

Robbie Marsland

Durant les mois d’hiver, IFAW continuera de travailler en étroite collaboration avec le secteur du tourisme et de l’observation des baleines ainsi qu’avec les députés qui nous soutiennent. Nous vous tiendrons au courant !

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