La géomatique au secours des animaux victimes des réseaux criminels

Un AR.Drone de la société Parrott. Source : WikipédiaEt si la technologie pouvait nous aider à empêcher que les actes de braconnage ne surviennent ?

Tous ceux qui s’inquiètent du sort des éléphants, tués par milliers chaque année pour alimenter le commerce de l’ivoire, ont pu se réjouir de l’arrestation l’an dernier d’Emile N'Bouke, l’un des grands barons du trafic d'ivoire en Afrique de l’Ouest. Ce trafiquant d’espèces sauvages serait responsable de la mort de plus de 10 000 éléphants et doit absolument recevoir la peine maximale prévue par la loi si nous voulons dissuader d’autres braconniers de prendre sa place.

Mais cela ne suffit pas. Nous ne pouvons attendre que les éléphants aient été tués pour s’en prendre aux criminels. Il existe certainement un moyen d'identifier et d'arrêter les criminels avant qu'ils ne massacrent les éléphants.

Cela vous semble impossible ?

Des défenseurs de l'environnement, des militaires et des spécialistes sont pourtant en train de plancher sur l'usage des drones, de l'imagerie satellite et de la modélisation analytique complexe pour faire de cette idée, longtemps reléguée au domaine de la science-fiction, une réalité.

Plus d'une année s'est écoulée depuis que le Fonds international pour la protection des animaux (IFAW) a publié le rapport « la nature du crime », qui révèle les liens qui existent entre trafic d’animaux, organisations criminelles et terrorisme.

De nombreux articles ont repris les découvertes détaillées dans ce rapport fondateur. Plus récemment, j'ai été cité dans un article intitulé « Les outils et les méthodes des services de renseignement peuvent-ils mettre fin au braconnage en Afrique ? » du magazine Trajectory, une publication de la United States Geospatial Intelligence Foundation (USGIF), une organisation qui promeut le renseignement d’origine image.

La question soulevée par l'article est essentielle : les outils et les méthodes des services de renseignement peuvent-ils mettre fin au braconnage en Afrique ?

Il le faut.

À présent qu’il est clairement établi que le braconnage est intimement lié à d’autres activités criminelles comme le trafic d’armes, le trafic de stupéfiants et la traite d'êtres humains, de nombreux acteurs s’organisent et cherchent à appliquer les tactiques employées par l’armée et le renseignement pour lutter contre ces dangereuses organisations criminelles.

Les braconniers ont de plus en plus de liens avec les organisations criminelles internationales et les réseaux financiers illégaux qui se chargent du transport des produits tels que l'ivoire vers les marchés où la demande est la plus forte. Les autorités locales n’arrivent pas à contenir la menace et sont de fait moins bien armées que les groupes très organisés qu’elles essayent de combattre.

Si les autorités nationales, les agences telles qu’INTERPOL et les organisations comme la nôtre restent les bras croisés, ces organisations pourraient finir par prendre le contrôle de régions entières de l'Afrique et par établir des réseaux qui seraient si profondément enracinés que même des opérations militaires de grande ampleur ne suffiraient pas à éradiquer.

Avec l'aide de spécialistes militaires et de nos partenaires dans le domaine du renseignement, nous mettons en place des stratégies pour lutter à armes égales contre les réseaux criminels et contrer les technologies qu’ils utilisent pour le braconnage à l’aide de technologies plus perfectionnées encore. 

Un technicien prépare un drone RQ-7 Shadow au lancement depuis une base en Afghanistan. Source : Wikipédia

La première chose à laquelle on pense quand on parle de technologie dans le cadre de la lutte contre le braconnage, c’est bien sûr les drones. Mais s’ils peuvent être de formidables outils, ces appareils volants ne représentent pas une solution en soi.

On pourrait faire l’analogie suivante : l’apparition de l’automobile a peut-être facilité le déplacement des agents de police, mais elle n’a pas fait disparaître le crime pour autant. De nos jours, la police s’appuie sur la collecte d’informations afin d’établir des tendances criminelles et de rendre ainsi leurs patrouilles plus efficaces.

Il est clair que nous avons tout intérêt à utiliser la meilleure technologie disponible dans cette lutte. Mais, plus important encore, nous devons : 1) perfectionner la collecte des données, 2) obtenir plus d’indicateurs et 3) affiner nos prévisions afin d’intervenir sur le terrain avant qu’un éléphant ou qu’un rhinocéros ne soit tué.

Thomas Snitch, membre de l’organisation Wildlife Enforcement Monitoring System rattachée aux Nations unies et professeur invité à l’Institute for Advanced Computer Studies de l’université du Maryland, a développé avec d’autres scientifiques et analystes un programme pour contrer la criminalité faunique en utilisant des algorithmes afin de déterminer où les drones doivent être envoyés.

« Tout le monde pense que les drones sont une solution miracle. Mais les analyses et les calculs sont indispensables pour les déployer dans les zones les plus utiles », déclare M. Snitch dans l’article du Trajectory.

Et d’ajouter : « Grâce à nos modèles, je peux vous dire précisément où envoyer votre drone et où positionner les gardes forestiers dans votre immense réserve pour intercepter des braconniers qui voudraient agir en pleine nuit. »

Les satellites sont également des outils importants. Jonathan Hutson, fondateur du projet Satellite Sentinel et directeur de la communication au Center for American Progress pour le projet Enough, affirme que l’imagerie satellite est « indispensable » en raison de sa capacité à « couvrir une large zone et à échapper aux obstacles juridiques », mais il ajoute qu’elle doit être accompagnée d’autres outils technologiques.

Selon l’article du Trajectory, l’équipe emmenée par Hutson utilise en Afrique le même modèle que celui dont elle s’est servie en Iraq et en Afghanistan pour discerner les schémas de répartition des engins explosifs improvisés et contribuer à trouver la position des terroristes fabriquant ces engins. À partir d’une imagerie satellite haute résolution, l’équipe ajoute des données puis lance un algorithme afin de déterminer l’emplacement optimal des drones et des gardes forestiers.

Cette technologie doit être développée et incorporée à la panoplie d’outils et de stratégies visant à lutter contre le braconnage des éléphants, des rhinocéros et des autres espèces impuissantes face aux fusils automatiques et aux moyens très sophistiqués des réseaux criminels.

Le temps presse.

--Azzedine Downes

Vous pouvez aider IFAW en faisant un don.

Post a comment

Nos experts

Directeur général
Directeur général
Céline Sissler-Bienvenu, Directrice France et Afrique francophone
Directrice France et Afrique francophone
Directeur régional, Moyen-Orient et Afrique du Nord
Directeur régional, Moyen-Orient et Afrique du Nord
Dr. Joseph Okori
Directeur régional Afrique Australe et directeur du programme de conservation des habitats
Dr. Maria (Masha) N. Vorontsova, Directrice Russie et CEI
Directrice Russie et CEI
Faye Cuevas, Vice-présidente
Vice-présidente
Grace Ge Gabriel, Asia Regional Director
Directrice régionale Asie
Jeffrey Flocken, Directeur régional Amérique du Nord
Directeur régional Amérique du Nord
Kelvin Alie, Vice-président exécutif
Vice-président exécutif
Rikkert Reijnen, Directeur du programme criminalité faunique
Directeur du programme criminalité faunique
Représentant d’IFAW en Allemagne
Représentant d’IFAW en Allemagne
Tania McCrea-Steele, Chef de projet international Criminalité en ligne
Chef de projet international, Criminalité liée à la faune sauvage
Vivek Menon, Directeur du Wildlife Trust of India, partenaire d'IFAW
Directeur du Wildlife Trust of India, partenaire d'IFAW