La Chine au cœur des débats du sommet sur la criminalité faunique de Londres

Une vente d'ivoire au « China Arts & Crafts », le grand magasin du quartier de Tsim Sha Tsui, dans la région de Kowloon, à Hong Kong, le 19 mars 2013. c. IFAW/A. HoffordLes dirigeants des quatre coins du globe se réunissent à Londres pour assister au sommet sur la criminalité faunique et la Chine, principal consommateur de produits dérivés d’espèces sauvages, sera indubitablement au cœur des débats.

Mon pays natal est donc sous le feu des projecteurs, ce qui n’est pas une mauvaise chose : au cours des derniers mois, la Chine a fait d’énormes progrès en matière de lutte contre le trafic d'espèces sauvages et promeut désormais le changement des mentalités de ses concitoyens, ce qui a permis de réduire, et peut-être même d’éradiquer dans certains cas, la demande en produits dérivés de la faune sauvage.

Seulement deux jours après que le Fonds international pour la protection des animaux (IFAW) a lancé sa campagne pour le Nouvel an chinois « Rendons leur sérénité aux éléphants, disons non aux cadeaux en ivoire », le message que nous avions posté sur Weibo avait déjà été retweeté plus de 27 000 fois.

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Déjà ravie de voir plus de 6 000 internautes chinois soutenir @IFAW sur Weibo, j’ai été agréablement surprise en apprenant le lancement de deux autres campagnes sur les réseaux sociaux contre la consommation de produits issus d'espèces sauvages, menées par les médias du gouvernement chinois lui-même.

L’appel lancé par IFAW invitant les consommateurs chinois à s’opposer au trafic d'ivoire a donc été entendu, notamment par la Télévision centrale de Chine, qui a organisé sa propre campagne. Figurant un cadavre d'éléphant gisant mort sur le territoire africain, celle-ci rappelait aux consommateurs chinois les centaines d'éléphants tués pour alimenter le trafic d'ivoire. De la même façon, la page Weibo du quotidien chinois People’s Daily affichait une main munie d’un couteau au-dessus d’un aileron de requin coupé en tranches, incitant les lecteurs à cesser de consommer des parties et des produits issus d'espèces sauvages.

Bien que succinctes, ces campagnes n’ont rien d’anodin dans un pays où l’information est contrôlée. Lancées par les médias du gouvernement, elles reflètent une certaine prise de conscience chez les décideurs politiques, qui commencent à comprendre le rôle de la Chine dans la crise internationale qui affecte la faune sauvage.

Récemment, la Chine s'est également distinguée par deux gestes symboliques. À la fin de l'année 2013, dans le cadre de mesures répressives majeures contre la corruption et les dépenses excessives, le gouvernement chinois a interdit la consommation de soupes à base de nids d'hirondelles et d’ailerons de requins ainsi que d'autres produits dérivés d'animaux sauvages lors des réceptions officielles. En janvier 2014, le gouvernement a détruit plus de six tonnes de stocks d’ivoire, rappelant ainsi au monde entier que le commerce illicite de l'ivoire était inacceptable.

Cliquez ici pour voir les résultats de l'opération Cobra, une enquête multinationale à laquelle la Chine a participé et qui a permis la saisie de nombreux produits dérivés d'espèces sauvages.

Le changement des comportements passe avant tout par l’information, comme l’ont prouvé les précédentes campagnes que nous avons menées en Chine.

En Chine, la plupart des consommateurs ignorent tout ou presque de l'origine de l'ivoire et ne se doutent pas de l'impact que sa consommation représente pour les populations d’éléphants. Ils apprécient ainsi la beauté des sculptures en ivoire sans savoir qu’elles ont couté la vie à de nombreux éléphants.

En s’appuyant sur un sondage indiquant que 7 Chinois sur 10 ne savaient pas que l'ivoire impliquait la mort d'éléphants, IFAW est parvenu à mettre en place une campagne publicitaire en Chine, il y a quelques années de cela, pour éveiller les consciences. Intitulée « Maman, j’ai des dents », cette campagne a largement porté ses fruits : d’après des études de marché récemment conduites, les publicités affichent un taux de pénétration de 75 % du marché urbain de Chine. Après avoir vu ces affiches explicites illustrant les massacres provoqués par ce commerce, les consommateurs étaient moins enclins à acheter des produits en ivoire.

Les affiches de la campagne d'IFAW, « Rendons leur sérénité aux éléphants, disons non aux cadeaux en ivoire », ont été vues par des centaines de millions de Chinois dans les aéroports, les gares, les arrêts de bus et les magazines sur papier ou en ligne. Dans le nouvel aéroport international de Kunming, dans la province de Yunnan, les passagers qui franchissent les douanes ou attendent dans la salle d'embarquement ne peuvent passer à côté des deux affiches colorées sans les remarquer, d’autant que leur slogan les interpelle directement : « Réfléchissez-y à deux fois avant d'acheter des produits d'animaux sauvages ».

Et ça marche. L’année dernière, la société Rapid Asia a évalué les résultats de ces campagnes et démontré que les messages d'IFAW avaient effectivement réduit la propension des voyageurs à acheter de l'ivoire de 54 à 26 % dans certains groupes considérés « à haut risque ». En outre, parmi les anciens consommateurs d'ivoire, 66 % des sondés ayant vu la campagne affirmaient qu'ils n'en achèteraient plus jamais, contre 33 auparavant. Et plus les Chinois désapprouveront l’achat d'ivoire, moindre sera la demande.

L'enquête d'IFAW indiquait également que la plupart des anciens acheteurs se détourneraient de l’ivoire si sa consommation était frappée d’interdiction. IFAW collabore donc avec des leaders d'opinion clés pour encourager un changement de politique à l'échelle nationale et internationale.

Pour réduire la demande en ivoire , nous devons surveiller le marché et collaborer avec les forces de l'ordre pour les aider à détecter les produits concernés, à interdire les ventes et à engager des poursuites judiciaires, mais également militer pour la suppression du commerce légal d'ivoire.

Selon une enquête récemment menée par IFAW sur les marchés de l'ivoire, la vente des stocks d'ivoire de 2007 a paradoxalement encouragé la production et le trafic de l'ivoire. Que la vente soit légale ou illicite, là n'est pas la question : la coexistence de ces marchés alimente la demande en « or blanc » de la part des nouveaux riches chinois, une nouvelle classe de population en pleine expansion.

Il est très difficile pour un consommateur de déterminer la légalité d’un produit dérivé d’un animal sauvage. En outre, la coexistence de marchés légaux et illicites complique le travail de veille et de répression, permettant notamment à l'ivoire illégal d'être « blanchi ».

Il nous faut par conséquent convenir d’une législation commune et précise contre la production et la consommation, appliquer ces lois de façon stricte, mettre en place des sanctions adaptées à l’ampleur des délits et stigmatiser la consommation. Si la vente de produits dérivés d’espèces sauvages est frappée d’interdiction et que les populations sont correctement informées, aucun citoyen dans son bon droit ne s’aventurera à en acheter.

Enfin, il est indispensable d'éduquer les plus jeunes. À travers son programme éducatif Action pour les animaux, IFAW promeut l’enseignement sur la vie des espèces sauvages pour les enfants scolarisés qui, autrement, ne pourraient avoir accès à de telles informations. Récemment, un collège de la province de Yunnan, le dernier bastion des éléphants d'Asie en Chine, a créé un manuel dédié à ces animaux dans le cadre du programme éducatif Action pour les animaux d'IFAW, à l’aide d’une subvention versée par la Disney Wildlife Conservation Fund.

Les chefs d'État du monde entier se réunissent à Londres cette semaine pour trouver des moyens d’endiguer la criminalité faunique à tous les niveaux de la chaîne, du braconnage au trafic en passant par les consommateurs. Espérons que le monde pourra compter sur la Chine pour participer à la protection des espèces sauvages. Il est indispensable que ce pays interdise totalement le commerce d’ivoire et s’emploie à réduire la consommation et la demande de ses citoyens.

Grace Ge Gabriel 

Afin d'en savoir plus sur le travail d'IFAW pour endiguer la demande d'ivoire d'éléphant, rendez-vous sur notre page de campagne.

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Céline Sissler-Bienvenu, Directrice France et Afrique francophone
Directrice France et Afrique francophone
Dr. Cynthia Moss, IFAW Elephant Expert
IFAW Experte éléphants
Grace Ge Gabriel, Asia Regional Director
Directrice régionale Asie
James Isiche, Directeur régional Afrique de l’Est
Directeur régional Afrique de l’Est
Directeur du programme Éléphants, Directeur régional Afrique australe
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Peter Pueschel, Directeur Accords internationaux sur l'environnement
Directeur Accords internationaux sur l'environnement
Vivek Menon, Directeur du Wildlife Trust of India, partenaire d'IFAW
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