La Bosnie délibère au sujet d’une politique d’euthanasie des chiens errants

En sollicitant notre expertise auprès du Programme des Nations unies pour le développement, deux municipalités bosniaques ont fait le pari d’une démarche qui soude et responsabilise leurs habitants.MISE A JOUR 25.11.2013: l'amendement à la loi de 2009 a été rejeté. Cependant, les 3 Présidents (Triumvirat) se rencontreront le 5 décembre pour discuter de cette loi. --RB

POST D'ORIGINE: Le parlement bosniaque examine en ce moment même un amendement à la loi de 2009 relative à la protection des animaux. S’il était adopté, ce dernier autoriserait l’euthanasie des chiens séjournant dans un refuge depuis au moins quinze jours.

Cet amendement, qui tient en une seule phrase simple et pour le moins directe, a réveillé la folie sanguinaire des partisans de l’abattage des chiens et indigné ceux et celles qui se soucient du bien-être de leurs compagnons canins.

Ce n’est pas tant le délai de quinze jours avant que l’euthanasie ne puisse être envisagée qui détonne – dans de nombreux pays plus « développés », ce délai est bien plus court. Là où le bât blesse, c’est que la simplicité de cet amendement laisse libre cours aux dérives dans sa mise en œuvre.

Sera-t-il appliqué de façon humaine pour mettre un terme à la souffrance des chiens affamés et enfermés dans des refuges vétustes, ou servira-t-il de prétexte pour entrer dans une logique d’abattage indifférencié ? Les autorités locales seront libres d’interpréter la loi à leur convenance.

Nous savons qu’il n’existe pas de solution idéale pour gérer le problème des chiens errant dans les rues. Chaque communauté considère les chiens d’une manière différente, et la tolérance à leur égard varie selon les populations.

On dénombre aujourd’hui plusieurs types de mesures permettant de réguler la surpopulation des chiens errants, chacune ayant ses adeptes :

  • sensibiliser les propriétaires à se comporter de manière responsable ;
  • fournir des ressources qui encouragent des comportements responsables ;
  • utiliser l’outil législatif ;
  • mettre en place des programmes de vaccination et de stérilisation des chiens errants.

Ces différentes mesures ne sauraient se suffire à elles-mêmes et doivent être mises en œuvre conjointement pour faire la différence. Toutefois, la stratégie exacte à adopter varie d’une communauté à l’autre.

Nous ne pouvons prescrire de remède miracle aux communautés avec lesquelles nous travaillons. Les mesures à prendre dépendent du contexte culturel, des ressources de la communauté considérée et des relations que ses membres entretiennent entre eux mais aussi avec les chiens avec lesquels ils vivent.

Lors de mon travail dans le nord de la Bosnie le mois dernier, j’ai pu prendre le pouls des habitants au sujet des chiens errants dans deux communautés très différentes, Lopare et Sanski Most.

Dans les deux cas, si les habitants craignaient d’être pris en chasse ou d’être mordus par les chiens des rues, la plupart d’entre eux en appréciait la compagnie.

L’expertise que nous apportons à Lopare et à Sanski Most ne traite pas de la manière de résoudre le problème ; elle permet plutôt à chaque communauté de développer, en fonction des exigences qui sont les siennes, des solutions humaines et personnalisées pour promouvoir le bien-être des animaux sur le long terme.

Malgré un panorama quelque peu contrasté, il est une chose qui est absolument certaine : retirer les chiens errants des rues ne suffit guère à résoudre le problème. En effet, en l’absence de mesures adéquates, les chiens continueront d’être perdus, abandonnés ou, dans le meilleur des cas, tout simplement laissés en liberté par leurs maîtres.

Le ramassage des chiens, s’il est pratiqué seul, ne traite guère le problème, que l’issue soit l’abattage ou le placement en refuge. L’abattage pur et simple des chiens ne solutionne rien et crée des dissensions au sein de la communauté et des traumatismes chez les personnes qui prennent soin des chiens (souvent des enfants), sans compter le gaspillage des ressources mobilisées pour traiter sans relâche les symptômes plutôt que la cause du problème.

Il faudrait plutôt mettre en œuvre des plans de gestion des populations de chiens à la fois humains, durables et adaptés aux visages des communautés, ce qui requiert une bonne dose de rigueur et une planification méticuleuse fondée sur les réalités locales.

En sollicitant notre expertise auprès du Programme des Nations unies pour le développement, deux municipalités bosniaques ont fait le pari d’une démarche qui soude et responsabilise leurs habitants.

Elles sont bien déterminées à définir clairement le sort qu’elles veulent réserver aux chiens et feront tout leur possible pour que cela se concrétise.

Dans les deux communautés où nous avons travaillé jusqu’à présent, nous n’avons trouvé aucune âme insensible à l’abattage des chiens, bien au contraire : les habitants sont tous prêts à se mettre à l’ouvrage pour améliorer les relations qui unissent les chiens aux humains.

Les habitants veulent être au cœur du débat concernant les stratégies à adopter pour pallier le problème des chiens errants. Que la loi soit amendée ou non, la décision finale sera de leur ressort, et Lopare et Sanski Most montrent l’exemple en la matière.

Rebecca Brimley

Pour plus d’information sur les projets menés par IFAW pour aider les chiens et les chats, consultez notre page de campagne.

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