L’OMI adopte de nouvelles directives susceptibles de rendre les océans moins bruyants pour les baleines

Les océans pourraient bientôt devenir moins bruyants pour les baleines.

L’Organisation maritime internationale (OMI) vient d’adopter plusieurs directives destinées à réduire le bruit sous-marin provoqué par les navires de commerce. Le Comité de protection de l’environnement marin de l’OMI se penche sur ce problème depuis 2008, année à laquelle il a pour la première fois mis à l’ordre du jour la diminution de la pollution sonore sous-marine par les navires en réponse à une proposition des États-Unis.

Au cours des six années qui ont suivi, les États-Unis ont continué à soutenir les travaux menés sur ce sujet, notamment en présidant un groupe de correspondance chargé de mettre au point ces directives. Ce projet a largement été porté par l’enthousiasme d’une femme, Lindy Johnson, qui est hélas décédée avant d’en avoir vu l’aboutissement.

Observateur à l’OMI, IFAW dispose d’une solide expertise en matière de conservation des mammifères marins. En 2008, IFAW détaillait dans un rapport les menaces liées à la pollution sonore sous-marine. Il a également apporté sa contribution au travail initial du groupe de correspondance en chargeant le Dr Martin Renilson, architecte naval de profession, de rédiger un rapport sur la réduction de la pollution sonore sous-marine imputable aux navires de commerce. Ce document préconise une série de mesures simples destinées à limiter le bruit des bateaux, couplée à diverses recommandations susceptibles d’entraîner une diminution de la consommation de carburant. Il montre par ailleurs que ces mesures peuvent permettre de réaliser des économies à long terme.

Après tout, le bruit est une forme de dissipation de l’énergie.

Tout au long de ce dossier, IFAW a financé des travaux sur le sujet : ses consultants ont présenté des résultats édifiants lors de grandes conférences internationales et dans différentes publications, de sorte qu’architectes navals, concepteurs et constructeurs de navires prennent conscience des effets pervers du bruit des bateaux et des mesures envisageables pour redresser la situation.

Bien que l’OMI ait reconnu le « degré d’incertitude scientifique concernant la nature exacte, l’ampleur et l’importance de l’impact du bruit des navires sur divers animaux marins », elle a néanmoins jugé les preuves apportées suffisantes pour prendre des mesures en vue de réduire la pollution sonore générée par les navires.

Outre qu’il risque de couvrir les sons émis par les baleines et les dauphins pour communiquer ou se nourrir, le bruit est susceptible de réduire considérablement la distance à laquelle certains animaux comme la baleine à fanons peuvent entendre leurs congénères. Le bruit peut également être une source de stress pour les baleines. Après les attentats du 11 septembre 2001, la densité du trafic maritime a chuté dans la Baie de Fundy, au Canada, réduisant d’autant les nuisances sonores. Les chercheurs ayant étudié la baleine franche de l’Atlantique Nord pendant cette période ont fait état d’une baisse de l’activité des hormones de stress associée à la diminution du bruit.

Si des efforts considérables ont été déployés pour rendre encore plus silencieux les navires militaires et océanographiques spécialisés, qui sont déjà les plus discrets des mers, on ne peut guère en dire autant pour les 10 % les plus bruyants, que l’on soupçonne d’être à l’origine d’environ la moitié des nuisances sonores attribuables à la navigation.

Dans ses directives, l’OMI propose certaines mesures pratiques en vue d’atténuer le bruit des navires, à commencer par les hélices, qui représentent la source principale de nuisances sonores sous-marines. C’est plus précisément la cavitation, à savoir la formation de bulles de vapeur, qui émet le plus de bruit. Un bon entretien des hélices et une conception permettant une pénétration dans l’eau sans turbulences à l’arrière de la coque contribuent à réduire cette source de bruit. S’il est plus facile d’intégrer tous ces éléments sur les nouveaux chantiers, rien n’empêche de mettre en œuvre certaines mesures sur les navires existants. Encore une fois, il est primordial de réduire la cavitation et, à cet égard, la conception et l’entretien des hélices se révèlent essentiels.

Pour la plupart des navires, une diminution de la vitesse réduit également le bruit de manière notable. Ces dernières années, nombre d’armateurs ont opté pour le « slow steaming » afin de réaliser des économies de carburant en naviguant plus lentement. Maersk, l’un des plus grands armateurs du monde, est allé plus loin en construisant des navires spécialement conçus pour avancer moins vite. Le « slow steaming » permanent est bénéfique pour les baleines en réduisant la pollution sonore d’une part et les risques de collision d’autre part.

La prochaine étape sera donc la mise en œuvre sur les navires existants des mesures détaillées dans les directives, et leur prise en compte lors de la construction de nouveaux bateaux.

En outre, les pays doivent sans plus tarder se conformer à une décision antérieure de l’OMI en procédant à des mesures précises des nuisances sonores sur l’ensemble de leur flotte en vue d’en identifier les navires les plus bruyants et de prioriser en conséquence la mise en œuvre des technologies de réduction du bruit.

Encourager l’adoption du « slow steaming » permanent et l’application des directives de l’OMI est un bon début pour résoudre le problème de la pollution sonore sous-marine causée par les navires.

Vassili Papastavrou

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Représentante d’IFAW au Japon
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