Journal de bord : Deux jours en compagnie des chiens errants en Bosnie

Première entrée du journal de bord

Après un long voyage, je suis enfin arrivée aujourd’hui dans la petite ville de Lopare, en Bosnie. Le trajet en voiture dans les montagnes depuis Sarajevo a été très éprouvant et je suis pressée d’aller faire un tour dans les environs. Lors de ma précédente visite en octobre dernier, j’avais rencontré un groupe d’enfants qui prenaient soin d’une chienne et de ses petits chiots dodus dans une maison abandonnée.

La chienne et ses chiots dodus dans la maison abandonnée.

Les enfants, tombés amoureux de la chienne et de sa portée, m’avaient alors promis qu’ils s’en occuperaient bien, mais cela ne suffit pas tout à fait à chasser mes inquiétudes pendant le long hiver qui suivit. Il faut dire que les chiens errants ont la vie dure ici : la population locale ne voit pas toujours d’un bon œil ces animaux abandonnés qui semblent chaque jour plus nombreux que le précédent...

Vous n’imaginez donc pas la joie que j’ai ressentie quand ces mêmes enfants, en me voyant parcourir les rues à leur recherche, ont couru vers moi pour me montrer deux des chiots, maintenant bien grands, stérilisés et en bonne santé !

Deux de ces chiots quelques mois plus tard, stérilisés et en bonne santé.

Le garçon le plus extraverti du groupe m’a ensuite fièrement montré les étiquettes jaunes attachées aux oreilles des chiens qui signalent à la communauté que le chien est stérilisé et vacciné. Il s’agit aussi d’une preuve bien visible que quelqu’un prend soin de l’animal. Grâce à leur étonnant niveau de compréhension de l’anglais et à l’aide de quelques signes, j’ai réussi à demander aux enfants où se trouvait la chienne. Visiblement très excités à l’idée de nous montrer l’animal, ils nous ont alors accompagnés à pied ou à vélo jusqu’au coin de la rue en parlant à toute vitesse. 

Ce garçon intrépide a taquiné la chienne jusqu’à ce qu’elle roule sur le dos et nous dévoile la cicatrice de son opération de stérilisation.

La chienne, en très bonne santé, avait les yeux brillants et le poil soyeux. Le même garçon intrépide l’a taquinée jusqu’à ce qu’elle roule sur le dos et nous dévoile la cicatrice de son opération de stérilisation. Le garçon, aux anges, a appelé la sœur de la chienne en sifflant pour que je constate qu’elle aussi avait été stérilisée. Ma maîtrise du bosniaque étant très limitée, j’ai préféré sourire et lever la main en signe de victoire. Malgré la différence de culture, le jeune garçon a immédiatement compris le message et sa main a frappé la mienne avec une joie non dissimulée.

Le nombre de chiens errants que j’ai vu aujourd’hui est assez alarmant. J’ai même aperçu deux petites boules de poils qui ne doivent pas avoir plus de six semaines. C’est d’ailleurs pour cette raison que nous sommes ici : nous avons été invités dans plusieurs villes de Bosnie afin d’encourager la population à adopter une attitude bienveillante à l’égard des chiens. Pour cela, nous devons avant tout voir avec les habitants quels sont leurs souhaits, leurs préoccupations et les solutions qu’ils préconisent. Cette première étape du projet a eu lieu en octobre dernier et a conduit à l’ouverture de la première association canine à Lopare, baptisée « Chiens heureux ».

L’auteur de cet article portant un des chiots abandonnés.

Ce soir, le maire est venu s’assurer que nous étions prêts pour la réunion du lendemain, et il en a profité pour nous expliquer que, à l’issue de notre premier atelier à Lopare, il avait demandé au service vétérinaire de la ville de stériliser gratuitement les chiens de tous ceux qui le souhaitaient.

Il m’a même fièrement informée que le tout premier chien opéré avait été le sien, prénommé Lesi. Je me rends compte que notre travail ici a déjà une vraie répercussion sur les animaux et sur les habitants. Les deux jours à venir s’annoncent très prometteurs !

Deuxième entrée du journal de bord

Mon épuisement ne pèse pas sur l’enthousiasme que je ressens après deux jours de travail aux côtés d’un groupe d’habitants très engagés, comprenant aussi bien des policiers et des professeurs que des chasseurs, des conseillers municipaux ou encore des vétérinaires. Hier, le maire a commencé la réunion par un vibrant discours d’encouragement à l’intention des membres du groupe, dont la motivation est sans égale.

Ces personnes se sont rassemblées pour trouver entre elles des solutions au problème des chiens errants afin de pouvoir se passer de notre aide à l’avenir. La municipalité a pris les choses en main grâce à une étroite collaboration avec nos collègues bosniens du Programme des Nations unies pour le développement, que nous avions préalablement formés à l’organisation d’ateliers d’aide aux communautés. Le groupe a dressé une liste de priorités relatives aux chiens errants, puis a identifié des solutions pratiques pour élaborer un plan d’action que la communauté pourra mettre en œuvre avec le soutien d’IFAW.

Les étiquettes jaunes attachées aux oreilles des chiens signalent à la population que le chien est stérilisé et vacciné, et c’est aussi une preuve bien visible que quelqu’un prend soin de lui.

À terme, la population a convenu de deux stratégies visant à améliorer le bien-être des animaux. La première consiste à réaliser une campagne d’information publique destinée aux enfants et aux adultes, tant pour responsabiliser les maîtres que pour encourager les habitants à mieux traiter les chiens. La seconde stratégie vise à stériliser les chiens adoptés et les chiens errants en faisant appel à la bonne volonté de chacun. Les membres du groupe souhaitent également encourager l’adoption, mais ils sont conscients que cela prendra sûrement plus de temps.

Si ces décisions ne sont pas en soi très innovantes, l’engagement de ces personnes si différentes au service d’une même cause est proprement remarquable, même si cela a donné lieu à des débats parfois houleux. À mon agréable surprise, les participants ont également placé les missions suivantes au cœur de leur stratégie :

  • Favoriser la sécurité et le bien-être des animaux
  • Créer un environnement propre
  • Servir d’exemple pour les autres communautés

Le choix de tels objectifs est très prometteur quant à l’avenir des habitants et des chiens de Lopare, et nous serons là pour les accompagner à chaque étape de leur aventure.

Rebecca Brimley

Pour plus d’informations sur les actions d’IFAW dans les communautés, rendez-vous sur notre page dédiée.

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Directrice du programme Éducation et bien-être animal
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Manager du programme Interventions d’urgence
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