IFAW sur la route de Bouba Njida

Yaounde, 27 - 29 février 2012 : Julie Landry (chargée de communication IFAW France) et moi-même venons d’atterrir à Yaoundé, le journal ‘Libération’ du 27 février, en main. En première page, une photo d’éléphant trompe coupée, défenses enlevées et ce titre choc Au Cameroun on massacre énormément. L’article cite IFAW …et pour cause !

Mi-février, en accord avec notre contact sur le terrain, Paul Bour, nous dénonçons l’inavouable : le massacre de centaines d’éléphants au sein du parc de Bouba Njida depuis plusieurs semaines dans l’indifférence de la classe dirigeante camerounaise pourtant avertie. Les médias s’emparent du sujet, la pression prend une envergure internationale et rapidement, l’affaire Bouba Njida devient une affaire d’état. En cinq jours, IFAW organise une mission sur zone pour documenter cette tragédie et tenter de recenser le nombre d’éléphants abattus via un survol du parc. Une équipe de France 2 télévision (Jean-Sébastien Desbordes et Alexandre Paré) fait elle-aussi le voyage dans le cadre d’un documentaire qu’elle réalise sur le trafic d’ivoire. 

Outre une empreinte asiatique de plus en plus marquée, Yaoundé, la ville aux sept collines, n’a pas changé. La vie y est tumultueuse, colorée, bruyante et ses artères embouteillées 18h sur 24h. Julie et moi nous rendons au Ministère des Forêts et de la Faune (MINFOF) afin de présenter tant au directeur de la Faune et des Aires protégées (M. Tabi Phili Tako-Eta) qu’au Secrétaire général du Ministre, M. Koulagna Koutou, les objectifs de notre mission. Ce qui se joue à Bouba Njida n’est autre qu’une réplication exacte de ce qu’a connu le Tchad il y a quelques années, avant que le Président Idriss Deby ne parte en guerre contre les braconniers. Des mesures urgentes doivent donc être prises et nous discutons de la réponse militaire que le Ministre des Forêts et de la Faune et son homologue de la Défense doivent désormais envisager le lendemain à la demande du chef de l’Etat, Paul Biya. Nous écoutons les excuses relatives aux manques de moyens justifiant l’immobilisme et le mutisme des autorités au cours des dernières semaines et comprenons très rapidement que sans la pression médiatique internationale, aucune action n’aurait été entreprise. IFAW a contraint les politiques à  sortir de leur réserve et à réagir. Une première étape est franchie. Nous nous envolons pour Garoua.

Garoua, 1- 3 mars 2012 :

Cela fait douze ans que je n’ai pas foulé le sol de Garoua, ma ville d’adoption du Nord Cameroun, où les paysages y sont nus, secs et la chaleur écrasante. Durant deux ans, j’y ai étudié la faune, la flore ou encore la lutte anti-braconnage au sein de l’Ecole pour la formation des spécialistes de la faune (EFG).

Aujourd’hui, en compagnie de Julie et de l’équipe France 2, je reprends le chemin de l’école, un retour aux sources empreint d’une importante charge émotionnelle. Notre contact, Paul Bour, dirigeant du Safari Lodge de Bouba Njida, nous y rejoint lui aussi afin de faire un point sur l’opération militaire que prépare le gouvernement. 300 soldats d’élite du BIR (Bataillon d’intervention rapide) habituellement amenés à lutter contre les coupeurs de route seront déployés sur zone dès le 2 mars...date à laquelle débute notre mission d’observation et de recensement des carcasses d’éléphants.

Dans ce contexte et afin de sécuriser sa mission, IFAW rencontre, en urgence,  successivement le Gouverneur de la province du Nord et le Général du BIR en charge de la planification de l’opération militaire. Très rapidement, les discussions démontrent qu’aucune stratégie durable de lutte contre les braconniers n’a réellement été pensée et élaborée. Les personnes ressources n’ont pas été contactées. L’opération ne s’avère être qu’une opération séduction visant à calmer les critiques de la communauté internationale. Les observateurs ne sont pas les bienvenus. IFAW est donc sommé d’annuler son survol du parc national de Bouba Njida sous peine de voir l’avion abattu.

En dépit de quelques tentatives d’intimidation, nous témoignons notre inquiétude quant à la tactique de dissuasion passive envisagée par le BIR pour sécuriser le parc de Bouba Njida : la présence des soldats dans le parc et le survol de l’hélicoptère devraient suffire à repousser les braconniers vers leur base arrière supposée être au Tchad d’après le commandement du BIR…

Une fois dans le parc de Bouba Njida, IFAW sera en première ligne pour témoigner de l’échec de cette tactique.

--CSB

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