Eléphants de Bouba Njida, je ne vous oublierai pas

Bouba Njida (3 et 4 mars 2012) : Je ne sais pas ce que je ressens, je ne trouve pas les mots…Peut-être n’existent-t-ils pas. Je suis comme anesthésiée. Suis-je en train de me protéger contre l’intolérable et l’inconcevable, pourtant si prévisible? Probablement.

Pourtant, il y a cette forte et persistante odeur de charogne qui nous entoure pour nous rappeler que vous êtes là, quelque part, que ce braconnage sans précédent qui a touché les éléphants du Parc national de Bouba Njida est une réalité… Vous seriez 300, voire peut-être 400 selon Paul, à vous décomposer sous cette chaleur écrasante si caractéristique du Nord Cameroun, et cela dans l’indifférence des décideurs politiques du monde entier. Alors nous progressons, l’équipe de France 2 à nos côtés…car il faut que le monde sache quelle fut votre mort, lente et cruelle, combien vous avez eu peur, combien vous avez souffert et agonisé au nom du profit, du futile et de l’inutile.

Vous reposez sur le flanc ou êtes agenouillés. Ce qui faisait de vous l’emblème d’un continent n’est plus. Vos trompes, outils des plus sophistiqués et symboles de puissance, ont été sectionnées et jetées à quelques centimètres de vos corps. Vos défenses, raison de votre massacre, vous ont été volées. L’extrémité de vos queues, portant des poils durs et résistants (utilisés en bijouterie) a été coupée. Un morceau d’oreille vous a systématiquement été prélevé à l’image de cette pratique soudanaise visant a faire un pendentif de ce trophée… L’équipe de France 2 filme sans mot dire.

Durant deux jours, nous observerons certaines de vos carcasses, recherchant des points d’impact de balle, identifiant des lacérations témoignant de la pénétration de machette ou de dague à l’emplacement d’organes vitaux. Nous retrouverons des douilles témoignant de l’utilisation d’armes de guerre automatiques ou semi-automatiques et portant une inscription arabe.  Nous étudierons le positionnement de vos corps, nous permettant de comprendre l’éclatement du troupeau, la manière dont vous avez été inlassablement pourchassés puis abattus ou simplement pris au piège. Que vous ayez été adultes, juvéniles ou encore éléphanteaux, vous n’aviez aucune chance contre ces cavaliers, braconniers professionnels lourdement armés et déterminés à vous abattre jusqu’au dernier. Je fixe inexorablement vos yeux, souvent exorbités, et imagine votre panique, votre frayeur et votre douleur. J’entends vos cris de détresse si particuliers, votre souffle qui s’éteint douloureusement alors qu’ils vous coupent la trompe. Cette vision est lourde à porter.

Deux par-ci, trois par là, cinq en contrebas… et cela jusqu’à quatorze dans un même secteur. Il m’est difficile d’accepter, difficile de lutter contre les sentiments de colère et de  révolte qui m’envahissent, difficile de retenir mes larmes face à ce crime contre la biodiversité. Une dernière fois, je me penche sur certains d’entre vous et Paul me montre les empreintes fraiches d’éléphants venus récemment autour de vos dépouilles. Vos rituels face à la mort de vos congénères restent encore un mystère pour nous. Nous connaissons votre forte émotivité, votre intelligence presque humaine, les liens étroits qui vous unissent alors sans doute sont-ils venus vous faire leurs adieux comme je vous fais les miens aujourd’hui.  Je sais désormais que Bouba Njida est votre tombe.

-- CSB

Commentaires: 3

 
Anonyme
3 years ago

sauvez les éléphants du Bouband'jida, réserve que mon père, Pierre FLIZOT, inspecteur général des Chasses au cameroun pendant plusieurs dizaines d'années a créée aux alentours de 1960 (j'ai retrouvé récemment son journal de tournées, et dont il était si fier. Ces réserves faiaient l'orgueil du Cameroun ; qu'en est-il aujourd'hui. Il se serait battu corps et ame contre ces pratiques, et les braconniers, il en a combattu beaucoup, toujours avec l'appui des autorités locales. J'en suis malade, de penser à la souffrance de tous ces animaux et à celles des éléphanteaux. Il faut à tout prix rendre la population fière de son patrimoine. Mais que fait le Gouvernement? Et quel appui vous apporte l'école de faune, que mon père a aussi créée et a réussi à faire installer à Garoua, capitale du Nord? Que puis-je faire pour vous aider? Jacqueline.flizot

 
Anonyme
3 years ago

Aucun autre mot que la Honte!!! la honte sur nous, l'omosapiens le plus grand prédateurs de tout les temps... Pour arriver à un tel stade de cruauté l’espèce humaine n'aurait jamais du voir le jour !!! je vous en prie prenez conscience de tout ce que nos grands parents ont detruit et du role que nous avons aujourd'hui sauver ce qu'il reste ! il est temps de se lever contre ces braconniers avides de pouvoir et d'argent et contre tous ces gouvernements qui ne font rien !!!

 
Ami dex animaux
3 years ago

J'ai honte de vivre dans un monde où rien ne compte que l'argent. Massacrer des troupeaux entiers pour de l'ivoire, c'est ignoble. Je ne comprends pas , que rien ne soit fait pour les protéger. Scandaleux qu'aucun état ne prenne conscience de ce qui se passe.
Sont-ils peut-être trop bête pour s'en rendre compte.

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