Des personnalités chinoises réclament la fin du trafic d’ivoire pour sauver l’image de la Chine

En sa qualité de sculpteur, de défenseur de l’environnement et d’ambassadeur du PNUE, Yuan Xikun a inclus une demande inédite dans le cadre de sa proposition. Ici (à droite) avec Dai FeiFei.

Nous savons que le gouvernement joue un rôle crucial pour faire évoluer les mentalités des Chinois en matière de consommation d’ivoire. Il lui appartient d’instaurer des lois afin de décourager la demande croissante, mais aussi de changer les mauvaises habitudes de ses propres membres.

C’est pour cette raison que l’artiste Yuan Xikun et le célèbre joueur de basketball Yao Ming, deux personnalités engagées, ont exhorté la Conférence consultative politique du peuple chinois (CCPPC) à interdire aux fonctionnaires de donner ou de recevoir de l’ivoire, que ce soit sous forme de cadeau ou de pot-de-vin. « Les produits de luxe en ivoire servent systématiquement de pots-de-vin », souligne Yao Ming. « Ils illustrent parfaitement l’extravagance et la corruption qui règnent en Chine ».

Leur proposition intervient quelques mois après la décision conjointe du Comité central du Parti communiste chinois (PCC) et du Conseil des affaires de l’État d’interdire les plats à base d’ailerons de requins, de nids d’hirondelles et d’autres produits dérivés d’espèces protégées lors des réceptions officielles.

La campagne d’austérité et de lutte contre la corruption menée par le président Xi Jinping a récemment pris de l’ampleur et s’est attaquée à la consommation outrancière des parties et produits dérivés d’animaux sauvages au sein du gouvernement. Elle a d’ores et déjà entraîné la chute des ventes des montres, des alcools de luxe et des autres cadeaux somptueux que les responsables politiques et les hommes d’affaires offrent couramment pour gagner les faveurs de quelqu’un. Si les propositions de Yuan Xikun et de Yao Ming aboutissent, la lutte contre la corruption pourrait bien franchir un nouveau cap en Chine.

Les Chinois attendent de leurs dirigeants qu’ils montrent l’exemple et qu’ils les guident. D’après un récent sondage de l’entreprise Rapid Asia commandité par IFAW(en anglais), la principale raison qui motiverait les Chinois interrogés à ne plus acheter d’ivoire serait que sa consommation devienne strictement illégale.

Les résultats d’une autre enquête, menée cette fois-ci par WildAid, vont dans le même sens : 94 % des personnes interrogées se déclarent favorables à la mise en place d’un embargo gouvernemental sur le commerce d’ivoire afin de protéger les éléphants.

 « L’ignorance, l’indifférence et l’avidité sont les trois principaux moteurs de la demande en parties et produits dérivés d’espèces menacées », a expliqué John Scanlon, Secrétaire général de la CITES, en février dernier, lors d’un sommet réunissant les dirigeants de 46 pays à Londres et visant à endiguer le braconnage, le trafic et la demande d’espèces sauvages.

Nous pouvons aider les consommateurs chinois à connaître la réalité. Quatre-vingt-dix pour cent d’entre eux cesseraient en effet d’acheter des produits en ivoire s’ils savaient que chaque morceau d’ivoire provient d’un éléphant mort. Notre campagne « Maman, j’ai des dents ! » a ainsi diminué la part de la population la plus susceptible d’acheter de l’ivoire de 54 % à 26 %.

Nous pouvons aussi sortir les gouvernements de leur inertie. En comprenant que la criminalité faunique est étroitement liée à d’autres formes de criminalité, qu’elle alimente la corruption et qu’elle est une menace à la sécurité individuelle et régionale, les responsables politiques seront plus enclins à s’unir pour la combattre.

Quant à l’avidité, le meilleur moyen d’en venir à bout est d’alourdir les peines encourues par les personnes impliquées dans la criminalité faunique. Il est donc indispensable de renforcer les lois contre le trafic d’ivoire, de les faire appliquer scrupuleusement et de mettre en place des sanctions dissuasives à l’encontre des contrevenants.

Par ailleurs, il faut garder à l’esprit que les individus impliqués dans le commerce et la consommation d’espèces sauvages protégées sont tout aussi condamnables que les braconniers qui massacrent ces animaux.

En plus de vouloir interdire aux membres du gouvernement de s’échanger des cadeaux issus d’espèces en danger, les propositions soumises aux législateurs chinois demandent que l’embargo administratif sur la vente aux enchères d’espèces en danger soit prolongé et mieux appliqué, que la totalité du stock d’ivoire confisqué dans le pays soit détruit et que le commerce légal d’ivoire en Chine soit progressivement interdit.

En sa qualité de sculpteur, de défenseur de l’environnement et d’ambassadeur du PNUE, Yuan Xikun a inclus une demande inédite dans le cadre de sa proposition.

Il réclame en effet « le rapatriement d’une sculpture en ivoire offerte par la Chine à l’ONU et exposée au siège des Nations unies à New York. Celle-ci devra être remplacée par un cadeau qui souligne l’engagement de la Chine dans la protection des espèces menacées et du patrimoine naturel mondial ».

Grace Ge Gabriel

Pour plus d’informations sur le travail d’IFAW pour enrayer la demande en ivoire en Chine, rendez-vous sur notre page dédiée.

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