Comment les animaux font leurs révolutions

Ecrivain et scénariste, après avoir été journaliste, Karine Lou Matignon a dirigé l’ouvrage Révolutions animales qui sort en librairie le 19 octobre. Elle a rencontré de nombreux experts pour cet ouvrage, dont Céline Sissler-Bienvenu, Directrice d’IFAW France et Afrique francophone.

J’ai eu le plaisir de m’entretenir avec cette dernière sur ses travaux le jour de la sortie du livre en librairie.

Pourquoi avoir choisi ce titre très fort ‘Révolutions animales’ ?

Ce titre s'est imposé car il a été suggéré par la majorité des experts de ce livre. Chacun, dans leur discipline, a utilisé ces mots pour définir l'évolution actuelle de nos rapports avec les animaux. Aujourd'hui, les animaux ont changé car notre regard sur eux a changé grâce aux études scientifiques. Nous ne pouvons plus nier qu'ils sont sensibles, qu'ils ont des émotions, qu'ils possèdent une intelligence, qu'ils ont des similitudes et des différences avec nous, que nous avons des origines biologiques et comportementales avec eux. Donc si les animaux ne sont plus les objets, les marchandises, les outils que nous pensions qu'ils étaient, on peut et on doit envisager de nouveaux rapports avec eux. En envisageant ces nouveaux rapports, on se rend compte que cette prise de conscience impacte de nombreux domaines de notre vie pour le bien des hommes comme des animaux. Il s'agit donc d'une évolution de pensée, d'une révolution sociétale.

Un élément ou un fait particulier a-t-il déclenché votre envie de réaliser cet ouvrage ?

Je travaille le thème de la relation homme-animal depuis une vingtaine d'années à travers différents supports. J'ai commencé par le journalisme et la médiation scientifique et je n'ai jamais cessé de creuser ces relations que nous partageons avec les animaux. A l'époque où je réalisais mes premières enquêtes, j'étais entourée de chercheurs avec qui il n'était pas question d'utiliser le terme d'intelligence animale, d'émotions, etc. J'ai vu une très lente évolution en France et de fait un retard considérable par rapport à d'autres pays voisins ou anglo-saxons. Nous souffrons encore de ce retard. J'ai donc eu envie de mobiliser autour de la question animale des expertises variées, d'un pays et d'une culture à l'autre, afin de réveiller les lenteurs françaises, de démocratiser la question animale, c'est à dire ne pas la réduire uniquement à une question intellectuelle ou anecdotique.

À quel lectorat s’adresse ce livre ?

J'ai souhaité, comme toutes mes productions, que cet ouvrage soit le plus accessible possible et ne soit donc surtout pas réservé à une élite intellectuelle. Le verbiage n'est pas utile pour dire qu'un animal est fait de chair, de sang et d'émotions, qu'il possède un monde mental intéressant et qu'en qualité d'être vivant sensible, il mérite qu'on s'interroge pour cohabiter au mieux avec lui.

À travers vos publications, vous étudiez l’évolution de la relation homme-animaux depuis de nombreuses années. Comment qualifieriez-vous l’état de cette relation aujourd’hui ?

On ne s'est jamais intéressé autant aux animaux alors que dans le même temps, on ne les a jamais autant maltraités. Cet intérêt est logique. Il arrive à une époque où tout s'y prête : la science et la technologie qui nous a permis d'entrer dans ces mondes animaux longtemps ignorés, l'évolution de la pensée, de la morale. On s'est soucié très progressivement des esclaves, des femmes, des enfants, de la nature et même si tout n'est pas encore parfait pour les uns et les autres, le moment est venu aussi de se soucier des animaux. Même si des résistances demeurent, principalement économiques et culturelles, le moment est venu de revoir notre positionnement, d’envisager de nouvelles manières de vivre avec les animaux domestiques et sauvages.

Pourquoi est-il important que l’Homme prenne conscience de ces ‘Révolutions animales’? En quoi vont-t-elles l’affecter d’après vos entretiens ?

Se soucier des autres ne peut que nous rendre meilleur en tant qu'individu et société. Nous sommes trop nombreux aujourd'hui pour continuer à penser le présent et l'avenir de manière égoïste, anthropocentrée. L'homme fait partie de la nature qu'il le veuille ou non. Nous sommes doués sur de nombreux points mais nous ne sommes pas exceptionnels. Pas au point de nous ériger en roi de l'univers. Ni la nature ni les animaux ne sont à notre service, si nous étions aussi intelligents que nous le répétons, nous aurions instauré depuis longtemps d'autres modes de vie avec cette nature et ces animaux pour que les services soient rendus aux uns et aux autres. Nous faisons partie d'un même monde, avec des différences et des similitudes. En avoir conscience permet d'inventer justement d'autres modes de vie avec ceux qui nous entourent.

Aux côtés de nombreux contributeurs scientifiques, vous avez sollicité les contributions d’ONG telles qu’IFAW. Pourquoi ?

La variété des expertises m'intéresse. De cette richesse naissent des propositions et des solutions positives. IFAW possède une excellente expertise sur le terrain de la vie sauvage et s'intéresse particulièrement à la relation entre l'homme et l'animal, propose des solutions pour que les populations traditionnelles et en voie de développement puissent vivre en harmonie avec les animaux sauvages qui les entourent. Ce travail est essentiel et prouve qu'il est important de penser aux hommes et aux animaux en même temps. IFAW met aussi en lumière les trafics d'animaux sauvages et les chasses commerciales ou sportives qui n'ont plus lieu d'être.

Pour donner envie à nos sympathisants d’en apprendre plus en lisant ‘Révolutions animales’, comment caractériseriez-vous la révolution à l’œuvre ?

Il s'agit d'un mouvement générationnel qui motive de plus en plus de jeunes, de pays, de métiers différents. Un mouvement qui réveille les politiques à la traine. Cette révolution est bien réelle et elle n'a rien d'une question anecdotique, émotionnelle ou intellectuelle. On a eu tort de la ranger en permanence dans ces catégories. C'est devenu une question essentielle, sociétale, et elle participe de ces défis pour construire un monde plus positif.

Révolutions animales, 576 pages, est publié aux éditions Arte Tv/Editions - Les Liens qui libèrent et pourra être acheté en librairie et en ligne au prix de 38€ à partir du 19 octobre.

Julie Matondo

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