Boubanjida sous microscope : les gardes villageois, une solution au chaos ?

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Souvenez-vous du Parc national de Boubanjida ! Ils étaient des centaines,  gisant au sol, la trompe sectionnée, la boite crânienne ouverte, leurs défenses arrachées. Depuis toujours, ils avaient été le pouls, la force, la sève de ce parc, véritable joyau du Nord Cameroun mais, en quelques semaines, ils sont devenus les victimes singulières d’une guerre sans trêve… celle, cruelle, de l’ivoire. Souvenez-vous de l’émoi que ce massacre avait suscité sur la scène internationale. Boubanjida, venait de se faire un nom dans les médias et, le Cameroun, la réputation de faire le lit de braconniers lourdement armés venus d’ailleurs.

Dans l’histoire contemporaine de la guerre de l’ivoire, le braconnage de plus de la moitié de la population d’éléphants du Parc national de Boubanjida en moins de trois mois, il y a deux ans et demi, marque un tournant. Il y a indéniablement un avant Boubanjida, caractérisé par l’inertie complice des décideurs politiques face à la chronique d’un désastre environnemental, social, sécuritaire annoncé, et un après Boubanjida, acté par une reconnaissance, de la part des Nations Unies, de l’existence d’une criminalité à part entière liées aux espèces sauvages et de la gravité qu’elle revêt. 

Cet après est aussi marqué par sa succession de réunions régionales d’urgence et de sommets internationaux diagnostiquant le mal et identifiant les mêmes mesures à mettre en œuvre, parfois dans la surenchère et à grand renfort de dizaines voire centaines de milliers d’euros. Des déclarations d’intentions à lutter fermement contre cette criminalité dévastatrice ont été signées avec ferveur par nombre de pays, tous lui reconnaissant son caractère transnational et la nécessité de coopérer.  

Le Cameroun, fort de son Président nommé porte-parole de la lutte anti-braconnage en Afrique centrale depuis deux ans, n’a en rien démérité dans cette dynamique : signataire, il s’est montré volontaire pour renforcer la sécurité du Parc national de Boubanjida afin d’y protéger, entre autres, les derniers éléphants.

Mais, en plaçant Boubanjida sous microscope, on constate que la ferveur politique affichée à l’international s’altère à domicile. A ce jour, aucun des membres du gouvernement camerounais si prompts à assister aux sommets mondiaux n’a daigné se rendre à Boubanjida pour constater l’ampleur du massacre ou simplement témoigner un soutien moral à celles et ceux qui souffrent toujours de cette tragédie en raison de l’effondrement de l’économie touristique locale.

L’accroissement corrélé de la pauvreté des populations riveraines du parc ? L’Etat n’en fait pas sa priorité comme il n’a cure des plaintes de ces villageois terrorisés, victimes de certains écogardes qui ont substitué à leur mission de protection du parc, celle, si lucrative, du racket.  Pourtant, au sein de ce chaos, des hommes s’illustrent par leur courage et leur détermination à redonner un avenir à Boubanjida et aux derniers éléphants qui le peuplent : les gardes villageois.

Dès fin 2012, afin de lutter contre le braconnage au sein du parc national de Boubanjida, IFAW, en partenariat avec l’association locale Mayo Rey Conservation, a appuyé le renforcement des capacités opérationnelles des forces vives du parc.  Près d’un an après la formation pratique délivrée en 2013,  les résultats sont prometteurs : les gardes villageois prouvent que bien encadrés, mieux formés et encouragés dans leurs efforts, ils peuvent être efficaces.

Ainsi, dernièrement, en 18 jours de patrouille ce ne sont pas moins de 13 braconniers, 16 orpailleurs et 2 bergers qui ont été arrêtés, 2 fusils et 48 pièges qui ont été saisis. Par ailleurs, les gardes-villageois ont pu recevoir une première partie de l’équipement fourni par IFAW  et financé grâce à la générosité de nos sympathisants. A la remise de ces toiles de tente, moustiquaires, ponchos, torches, gourdes, jumelles, la joie et les sourires illuminaient les visages. Notre expert nous rapporte d’ailleurs ceci : « Plus qu’un simple support matériel, il est pour ces hommes, la marque d’un intérêt pour leurs conditions de travail et de vie ». Les chaussures, quant à elles, seront distribuées après la saison des pluies.

Face à l’abandon des gardes villageois par ceux qui les gouvernent, votre soutien est un encouragement précieux indispensable pour maintenir la flamme de ces hommes courageux et dévoués. 

Céline Sissler-Bienvenu

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