Pour avoir l’heure juste et pour découvrir des réponses surprenantes à bien des questions « logiques ». Vous serez peut-être surpris de vous rendre compte de ce que vous ne savez pas au sujet des phoques et de la chasse au phoque!
Habituellement, une chasse a pour but d’éliminer un certain nombre d’animaux chaque année, tout en maintenant une population plutôt importante et constante. Par ailleurs, l’abattage sélectif a pour but de réduire le nombre d’animaux dans une population donnée. Avec le quota actuel de phoques du Groenland – près de un million d’animaux sur une période de trois ans – on s’attend à réduire la taille du troupeau de phoques d’environ 600 000 animaux. Il est clair qu’il s’agit d’un abattage sélectif. Le gouvernement du Canada a lancé cet abattage de phoques du Groenland sans effectuer une évaluation scientifique appropriée pour déterminer si cet abattage atteindra des objectifs particuliers. Le Programme des Nations Unies pour l’environnement a établi un protocole pour l’évaluation scientifique des propositions d’abattage sélectif de mammifères marins pour les pêcheries. L’abattage canadien est loin de répondre aux exigences du protocole.
Est-ce que les phoques du Groenland mangent
de la morue?
Oui, la morue de l’Atlantique (Gadus morhua) représente une petite part –
habituellement estimée à un maximum de 3 % – du régime annuel du phoque du
Groenland. Cependant, la morue de l’Atlantique ne se consomme pas à longueur
d’année, mais plutôt à certains endroits et à certains moments de l’année. Des
scientifiques du gouvernement du Canada ont récemment abaissé leurs estimations
de la prédation de la morue par les phoques dans la partie nord du golfe du
Saint-Laurent. La plus grande partie du régime annuel du phoque du Groenland se
compose de poissons plus petits, grassouillets, comme le caplan (Mallotus
villosus) et la morue polaire (Boreogadus saida), et un éventail de petits
organismes semblables à des crevettes, y compris des mysididés et des
euphausiacés.
Un abattage sélectif des phoques
aidera-t-il au rétablissement des stocks de poissons?
La bonne réponse à cette question est que « nous ne le
savons pas ». Selon un récent document préparé par deux scientifiques du
gouvernement du Canada, « il ne sera pas possible d’évaluer l’incidence relative
de la prédation des phoques sur les stocks de poissons et leur abondance tant
que d’autres sources de mortalité naturelle ne seront pas quantifiées ». Bref,
il n’existe aucune preuve pour étayer les fréquentes prétentions selon
lesquelles les phoques du Groenland nuisent au rétablissement de la
morue.
Est-ce que la population de phoques connaît
une explosion? Avons-nous besoin d’un abattage sélectif des phoques pour
contrôler la croissance de la population?
La population de phoques du Groenland n’explose pas. En
effet, des scientifiques du gouvernement disent que la taille du troupeau de
phoques a en réalité été légèrement en décroissance depuis que la chasse a
repris de l’ampleur en 1996. Les piètres conditions de la glace des dernières
années ont peut-être fait diminuer le taux de survie des nouveau-nés et ont
peut-être même empiré le déclin de cette population. Le gouvernement du Canada
aime à dire que le troupeau de phoques du Groenland a triplé depuis les années
70. Mais il est important de se rappeler qu’entre 1950 et 1970, une chasse
excessive et non contrôlée a permis de réduire la population de 66 %. Le
troupeau de phoques était graduellement détruit. La taille de la population dans
les années 70 n’était pas considérée comme saine, ce qui explique pourquoi on a
mis en place une gestion par quota. Ainsi, conjuguée à des marchés réduits pour
les produits du phoque depuis les années 80, cette situation a aidé le troupeau
de phoques à se rétablir à des niveaux sains.
Est-ce que des bébés phoques sont tués
pendant la chasse?
Ces dernières années, environ 95 % des phoques du Groenland
tués étaient des bébés âgés d’environ deux semaines à trois mois. Il est légal
de tuer un bébé phoque du Groenland dès que ce dernier a commencé à perdre son
pelage blanc, processus qui commence vers l’âge de 12 jours. Il est interdit de
tuer des blanchons et, par conséquent, de vendre leurs peaux. Ces jeunes animaux
ne savent pas très bien nager et sont donc réticents à quitter la glace, ce qui
en fait des proies faciles pour les chasseurs.
Combien de phoques sont tués?
En 2003, on a annoncé un quota de trois ans s’élevant à 975
000 phoques du Groenland. Selon le plan de gestion 2003-2005 du gouvernement, on
ne pouvait pas dépasser 350 000 pendant deux des trois années, ce qui laisse 275
000 phoques pour la troisième année. En réalité, on a débarqué 289 512 phoques
du Groenland en 2003, et 365 971 en 2004. Pour 2005, le gouvernement du Canada a
annoncé que le nombre total de prises sera de 319 000.
La chasse est-elle durable?
Le ministère des Pêches et des Océans a défini une chasse au
phoque durable comme étant une chasse qui ne provoque pas une diminution de la
population de phoques d’une année à l’autre. Aujourd’hui, le plan de gestion du
gouvernement est en fait conçu pour réduire la population. Les quotas sont
intentionnellement fixés au-dessus du rendement de remplacement estimatif du
gouvernement afin de réduire la taille de la population de phoques. Bref,
l’actuel plan de gestion ne respecte même pas la définition du gouvernement
d’une chasse durable.
Le plan de gestion du gouvernement est-il
préventif?
Le Canada continue à ne pas adopter une approche préventive
de sa gestion des activités liées à la chasse au phoque au large de la côte est.
L’approche risquée et axée sur la politique du Canada en ce qui concerne la
gestion des ressources naturelles a grandement contribué à l’effondrement des
stocks de morues et d’autres poissons au large de la côte est du Canada à la fin
des années 80 et au début des années 90. En surface, le plan de gestion du
gouvernement du Canada peut donner l’impression qu’il se fonde sur une approche
préventive. Il comporte des mots comme « seuil de référence en matière de
prévention [et] de conservation » et « mesures de contrôle » et ce genre de
libellé que l’on trouve habituellement dans les plans de gestion préventive.
Pourtant, si l’on y jette un regard plus attentif, il devient très évident que
le plan ne commence même PAS à répondre aux normes modernes de précautions en
matière de conservation. Le plan de gestion ne tient pas compte non plus de
façon adéquate de l’incertitude scientifique ou environnementale. L’histoire de
la conservation de la faune a démontré que lorsque de grands mammifères comme
les phoques sont assujettis à un prix, il en résulte presque toujours une
surexploitation.
Où a lieu la chasse?
Les principales aires pour la chasse commerciale sont dans
le golfe du Saint-Laurent, près des îles de la Madeleine, et au « front », à
l’est de Terre-Neuve-et-Labrador.
Combien y a-t-il de chasseurs de phoque?
Le nombre de chasseurs qui vont réellement à la chasse est
beaucoup moins élevé que le nombre de personnes qui détiennent un permis. Tina
Fagan, directrice administrative de l’Association canadienne des chasseurs de
phoque en 2001, a déclaré qu’il y avait environ 11 000 détenteurs de permis de
chasse au phoque à Terre-Neuve, dont environ 2 500 étaient actifs au cours d’une
année donnée. Si les chasseurs de phoque ne renouvellent pas leurs permis à
chaque année, ils ne pourront être admissibles à un permis l’année suivante. Par
conséquent, on vend plus de permis de chasse au phoque qu’il y a de chasseurs
actifs.
Quand commence la chasse?
Officiellement, la chasse commerciale au phoque du Groenland
et au phoque à capuchon commence le 15 novembre et se termine le 15 mai. Elle se
déroule principalement en mars et en avril, mais le ministre des Pêches et des
Océans peut abréger ou prolonger la chasse s’il le juge opportun.
Quelles espèces de phoques sont chassées?
Même si le phoque du Groenland est la principale cible de la
chasse au phoque commerciale, un moins grand nombre de phoques à capuchon font
également l’objet d’une chasse commerciale. D’autres espèces de phoques comme le
phoque annelé (Phoca hispida), le phoque commun (Phoca vitulina), le phoque gris
(Halichoerus grypus) et le phoque barbu (Erignathus barbatus) sont tués dans le
cadre de chasses non commerciales.
Comment sont tués les phoques?
Au début de la saison, les jeunes phoques sont
habituellement tués sur la glace à l’aide de gourdins ou de hakapiks. Plus tard,
les brasseurs et les phoques plus âgés sont généralement tués par balle, tant
sur la glace que dans l’eau. Traditionnellement, les bébés phoques sont
assommés, mais ces dernières années, la glace plus mince a entraîné une
augmentation de la chasse au fusil sur la glace et dans l’eau. Lorsqu’un
chasseur assomme un petit, il arrive que ce dernier ne meure pas et qu’ensuite
il soit écorché ou saigné vivant. La chasse au fusil entraîne également
d’importantes souffrances. La Commission royale sur les phoques et l’industrie
de la chasse au phoque a reconnu qu’il est très difficile d’assurer un abattage
franc lorsque le phoque est chassé au fusil dans l’eau ou sur des glaces en
mouvement. Les phoques sont souvent blessés et s’enfuient dans l’eau où ils vont
mourir. (Ces animaux abattus ne figurent pas dans les statistiques du
gouvernement.)
Qui est responsable de la chasse au
phoque?
Le ministère fédéral des Pêches et des Océans (MPO) est
entièrement responsable de la chasse au phoque, y compris de la détermination du
nombre de phoques qui sont abattus, comment ils le sont et l’âge auquel ils
peuvent être tués. Toutefois, les efforts d’exécution de la loi déployés par le
MPO ne sont pas efficaces. Le ministère ne consacre que 1,5 % de ses heures de
patrouille à la surveillance des chasseurs de phoques. Il n’est donc pas
surprenant qu’une équipe internationale indépendante de vétérinaires ait
constaté que le Règlement sur les mammifères marins n’était pas respecté par les
chasseurs ni mis en application par le gouvernement.














