Le plus gros contrebandier d’ivoire du Japon sort libre au mépris de la vie des rangers africains

Lundi, Août 13, 2007
Tokyo, Japan
Un tribunal japonais a flatté le pire contrebandier du pays en ne lui imposant qu'une sanction des plus indulgentes, alors que les responsables du Ministère japonais de l’Economie, du Commerce et de l’Industrie intriguent pour faire commercialiser légalement ses trois tonnes d’ivoire de contrebande.
Un tribunal japonais a flatté le pire contrebandier du pays en ne lui imposant qu'une sanction des plus indulgentes, alors que les responsables du Ministère japonais de l’Economie, du Commerce et de l’Industrie intriguent pour faire commercialiser légalement ses trois tonnes d’ivoire de contrebande.
 
La presse japonaise a fait savoir hier qu’un "dirigeant d’entreprise" non identifié, qui a essayé de faire entrer clandestinement à Osaka trois tonnes d’ivoire de contrebande – la plus grosse cargaison d’ivoire illégal jamais enregistrée dans le pays – en août 2006, a été "condamné à un an de prison avec sursis" et à une amende de 800.000 yens (4.950 euros). Les douanes japonaises ont évalué la prise à un milliard de yens (6,2 millions d'euros). La peine imposée correspond donc à moins de 0,1 pour cent de la valeur des produits de contrebande. La condamnation a été prononcée en juillet, mais n'a été relatée qu'hier.
 
Entre-temps, le quotidien japonais Yomiuri déclare que "certains officiels du ministère (METI) ont fait savoir qu'ils s'opposaient à ce que l'ivoire soit brûlé, en déclarant que ce serait du gâchis."
 
"Au contraire, comment le METI pourrait-il mettre en réserve 3 tonnes d'ivoire pour une utilisation légale et profitable ? C'est tout simplement un refus d'assumer ses responsabilités", rétorque Michael Wamithi, Responsable de Programme de la Campagne globale pour les éléphants d'IFAW (Fonds international pour la protection des animaux – www.ifaw.org) et ancien directeur du Kenya Wildlife Service (KWS). "Le Japon prétend avoir un système de répression élaboré et manifestement efficace pour l'ivoire. Or, tout système de répression élaboré implique une justice digne de ce nom et un système de répression efficace implique la destruction des objets de contrebande."
 
"Ce n'est pas la première fois que les tribunaux japonais prononcent une peine d'une indulgence particulièrement irresponsable," a ajouté M.Wamithi, rappelant le cas de Yoichiro Ichida, qui a payé une "amende administrative" de 300.000 yens (1900 euros) après avoir été surpris en passant une demi-tonne d'ivoire en contrebande, il y a quelques années.
 
M.Wamithi a également rappelé que trois gardes du KWS avaient été tués en protégeant les éléphants le 19 mai dernier. Trois autres gardes tchadiens avaient également été tués en protégeant les éléphants le 15 mai. "En fait, des dizaines de gardes africains sont tués chaque année par des contrebandiers d'ivoire. Parfois ce chiffre atteint plus d'une centaine de rangers en une seule année," dit-il. "Cependant, les tribunaux japonais ne tiennent aucun compte de cette terrible tragédie lorsqu'ils jugent la gravité du crime. Ils se moquent de ce que des Africains soient assassinés par des criminels qui sont motivés par le marché florissant de l'ivoire au Japon.
 
"Les tribunaux japonais refusent également d'admettre le coût de ce trafic pour les éléphants, alors que la vie de presque 20.000 éléphants est sacrifiée au profit de ce commerce criminel. Cette indulgence démontre pourquoi on constate une telle augmentation : ceux qui se font prendre ne risquent pas d'aller en prison et l'amende constitue une dépense négligeable pour cette activité," ajoute M.Wamithi. Les délégués japonais ont en fait participé à une session de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction), en juin dernier, et ont témoigné que 40 tonnes d'ivoire de contrebande avaient été saisies au cours des années 2005 et 2006, soit une quantité trois fois supérieure aux saisies enregistrées par le passé, sur une période de deux ans.

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