Une lueur d’espoir dans la sensibilisation à la protection des animaux en Chine

En faisant simplement prendre conscience à la population chinoise que chaque objet en ivoire provient d’un éléphant mort, la campagne d’IFAW « Mom, I have a teeth » (Maman, j’ai une dent) a permis de faire diminuer significativement la part de la population dite « à risque », c’est-à-dire la plus susceptible d’acheter de l’ivoire. Le nombre d’acheteurs potentiels a ainsi diminué de moitié, passant de 54 % à 26 %.

J’ai été submergée de réponses après la publication de mon article intitulé "Mon anxiété face au rôle de la Chine dans le commerce international d’espèces menacées " à l’occasion de la 16e Conférence des Parties (COP) de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES).

Trois jours seulement après sa publication sur la page IFAW du site chinois de microblogging Weibo, il avait déjà été vu par près de 2 000 internautes chinois et partagé des centaines de fois.

Sur plus de 200 commentaires reçus, 99 % soutiennent mon point de vue.

Beaucoup partagent mon sentiment de honte et de frustration sur l’image que la Chine renvoie au monde en s’accaparant les ressources naturelles partout sur la planète.

L’un des commentaires détaille :

« Je me trouve dans une réunion où la plupart des participants viennent d’Asie du Sud-Est. Pourtant la Chine revient sans cesse dans les discussions lorsque l’on aborde la pollution de l’air et de l’eau, les investissements irresponsables, l’utilisation des cours d’eau frontaliers et son impact sur les communautés en aval, la corruption des autorités locales dans le cadre de l’exploitation minière, etc. Je comprends parfaitement le sentiment de Grace. Si nous ne nous préoccupons pas de la Terre que nous partageons et de nos voisins, et si nous ne mettons pas en place la « puissance douce », à quoi servent les campagnes de communication ? »

Un autre commentaire poursuit :

« Je partage votre point de vue. Mangés par la Chine ! Voilà le sentiment général. Chaque fois que mes collègues africains me posent des questions sur le commerce de l’ivoire et des cornes de rhinocéros, que ceux du Kazakhstan me parlent de la demande en cornes d’antilopes de Saïga, que ceux du Myanmar me font part de l’exploitation des forêts vierges frontalières, dont les ressources sont ensuite expédiées en camion vers la Chine, et que mes collègues indonésiens mentionnent une augmentation du braconnage du tigre très probablement liée à la demande du marché chinois, mon cœur se serre ! »

Un autre acquiesce :

« C’est une honte nationale ! L’utilisation que la Chine fait de la vie sauvage relève d’une vaste exploitation industrielle et n’apporte rien au pays, si ce n’est un sentiment de honte. »

En plus d’exprimer leur frustration et de condamner ces activités illégales, de nombreux internautes chinois pointent du doigt la cause du problème.

« Ce sont ceux qui possèdent le pouvoir, politique et économique, qui, obnubilés par leur cupidité, sont les principaux responsables de ces crimes envers la vie sauvage. Que pouvons-nous faire lorsque ce sont les loups qui gardent le poulailler ? »

« Tout est lié à la corruption. Même les lois ne sont plus appliquées lorsque la corruption gangrène le système. »

« Le PIB augmente, le niveau de vie baisse. Même si vous dormez en serrant dans vos bras une pépite d’or, combien de temps pourrez-vous vivre sur une Terre sans ciel bleu, sans nuages blancs, sans air pur ni eau, sans animaux et sans oiseaux ? Il y a là tous les signes d’une nation qui fait fi des valeurs morales. »

« La Chine doit se doter d’une loi sur la protection de la vie sauvage, une loi qui protège réellement les animaux au lieu de promouvoir leur exploitation. »  

De nombreuses autres personnes s’engagent sur cette voie et appellent à l’action.

Si vous restez dans le noir pendant trop longtemps, vos yeux auront du mal à se réadapter à la lumière. Cependant, si chacun de nous allume une petite bougie, NOUS POURRONS vaincre l’obscurité. Promouvons une civilisation plus respectueuse de son environnement en REFUSANT EN BLOC LA CONSOMMATION DE PRODUITS DÉRIVÉS D’ANIMAUX SAUVAGES. 

Aileron de requin, os de tigre, ivoire d’éléphant : JE N’EN VEUX PAS !

L’un des internautes souligne également l’importance de la sensibilisation. Les Chinois doivent prendre conscience que leurs habitudes de consommation ont des conséquences dévastatrices sur la vie sauvage du monde entier. Beaucoup d’entre eux sont d’honnêtes gens qui, s‘ils sont sensibilisés, n’ont aucune volonté de provoquer la disparition de certaines espèces.

L’actrice chinoise Li BingBing s’est récemment lancée dans une croisade pour sauver les éléphants et les rhinocéros. Confessant qu’il lui était arrivé d’acheter un bracelet en ivoire sans avoir conscience du massacre que ce commerce impliquait, elle exhorte maintenant les Chinois à « dire non au commerce de l’ivoire. »

Elle a demandé pardon pour avoir ignoré les conséquences de son geste et encourage désormais ses concitoyens à dire « NON » à ce commerce illégal, au nom de la protection de la Vie.

Un précèdent sondage du Fonds international pour la protection des animaux (IFAW) a montré que 7 Chinois sur 10 ne savaient pas que l’ivoire provenait d’éléphants morts.

En chinois, « ivoire » se dit « Xiang Ya », ce qui signifie dent d’éléphant.

Malheureusement, cette terminologie laisse penser que, tout comme les dents humaines, les défenses d’éléphant tombent naturellement.

En faisant simplement prendre conscience aux Chinois que chaque objet en ivoire provient d’un éléphant mort, la campagne d’IFAW « Mom, I have a teeth » (Maman, j’ai une dent) a permis de faire diminuer significativement la part de la population dite « à risque », c’est à dire la plus susceptible d’acheter de l’ivoire. Le nombre de ces personnes a en effet diminué de moitié, passant de 54 % à 26 %.

De plus, après avoir vu la campagne d’IFAW, seuls 7 % des 44 % de Chinois ayant acheté de l’ivoire au cours des douze derniers mois ont exprimé leur intention de renouveler leurs achats.

L’étude a également démontré que les Chinois n’ont aucun préjugé à l’égard des éléphants. La majorité des sondés ont exprimé leur désaccord avec l’affirmation suivante : « Acheter de l’ivoire n’est pas un problème en soi, et ce même si des éléphants sont tués pour alimenter le marché ».

J’espère donc que la sensibilisation de l’opinion chinoise sur les terribles conséquences du commerce d’ivoire finira par faire changer les mentalités et les habitudes de consommation.

Ce genre de petites lueurs d’espoir finira probablement par éclairer les ténèbres de l’ignorance qui menacent la protection des animaux.

Et il s’agit peut-être là du seul espoir de survie de ces animaux majestueux.

Grace Ge Gabriel

Pour plus d’informations sur les actions du Fonds international pour la protection des animaux pour réduire le commerce des produits tirés des animaux sauvages, cliquez ici.

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