Le cercle de la vie à Manas, en Inde : les rhinocéros réhabilités se portent toujours bien

En l’apercevant dans le parc national de Manas, je me suis demandé si cette mère comblée d’un petit rhinocéros femelle se souvenait de son sauvetage.L’auteur de ce rapport sur les rhinocéros réhabilités puis retournés à l’état sauvage dans le nord-est de l’Inde s’appelle Bhaskar Choudhury, Directeur régional pour le nord-est de l'Inde et vétérinaire en chef d'IFAW-WTI. –Sheren Shrestha

Le 16 mai, alors que le monde entier guettait les résultats des élections de la plus grande démocratie du monde avec anxiété, notre équipe du Grand Manas semblait partager elle aussi cette excitation générale, mais pour d’autres raisons.

Ce jour-là, j’étais arrivé au camp des rhinocéros à l’heure du déjeuner. Il était 13 h 30 et nous étions en mouvement depuis quatre jours, à suivre la trace des éléphanteaux que nous avions récemment transférés dans le parc national de Manas. Quatre jours pendant lesquels nous n’avons jamais mangé ni dormi au même endroit.

Au camp des rhinocéros, nos deux gardiens d’animaux chevronnés, Debojit Saikia et Rohan Goyari, venaient de préparer le déjeuner après s’être occupés des bébés rhinocéros, Purabi et Doimalu, dans le boma (enclos) où ils étaient allaités.

Tandis que nous achevions notre copieux plat de riz, de lentilles et d’épinards relevé d’une rondelle de citron, j’ai reçu un appel de DD Boro, conservateur assistant des forêts (ACF) toujours à pied d’œuvre. « Vos éléphants ont été aperçus non loin de Kahibaari, à proximité de la frontière du parc », m’a-t-il annoncé.

Après avoir reçu ce message tout en concision, nous avons repris la route sans tarder. Le véhicule dont nous nous servons habituellement étant en réparation, Debojit et moi-même n’avions pour tout moyen de transport qu’une moto dont les roues glissaient et s’enfonçaient à chaque virage sur les routes boueuses et spongieuses de la forêt.

Chemin faisant, nous avons aperçu Ganga et Jamuna, deux des rhinocéros que nous avions transférés dans le parc national de Manas en 2007, en compagnie de leurs petits nés l’année dernière !

Je n’ai pu résister à la tentation de m’attarder quelques instants afin de mieux contempler Ganga et son petit, qui se trouvaient beaucoup plus loin. Notre persévérance a payé puisque nous avons réussi à les voir de près : son petit avait visiblement grandi, tout comme celui de Jamuna.

Tandis que je m’attardais là, la scène du sauvetage de Jamuna me revint en mémoire. C’était dans le parc national de Kaziranga, pendant les inondations dévastatrices de juillet 2004. Séparée de sa mère, la petite rhinocéros, angoissée et désorientée, portait sur tout le corps les séquelles manifestes d’attaques de prédateurs. Elle se débattait pour nous échapper tandis que nous essayions de la secourir.

Sans le courage d’Abhijit Das, surnommé l’homme serpent de l’Assam, la femelle rhinocéros aurait bien pu nous filer entre les doigts. C’est lui qui a bondi sur l’animal muni d’une couverture tandis que je préparais l’anesthésiant. Notre gardien, Prasanta Das, a fait preuve d’autant de courage lorsqu’il s’est saisi au même instant du petit rhinocéros, encaissant alors un coup violent asséné par l’animal qui se débattait au moment où je lui administrais la substance.

L’anesthésiant fit rapidement son effet et l’animal fut transféré au Centre de sauvetage de la faune sauvage d’IFAW sans trop d’encombres. Au terme de six mois de soins permanents de la part des docteurs Anjan Talukdar, Bhupen Samra and Bijoy Dutta, la femelle était remise de ses blessures.

Ainsi, tous les soirs, ils plaçaient de force l’animal sur son flanc afin de panser ses blessures, l’utilisation quotidienne de produits anesthésiques étant déconseillée. Tous ces efforts ont fini par porter leurs fruits car l’animal s’est bien rétabli.

Aujourd’hui, cette femelle rhinocéros assume fièrement son rôle de mère dans le parc national de Manas et je me demande si elle se souvient de tout cela. Peut-être pas, tout comme elle n’est guère consciente du couvre-feu décrété dans les villages situés à 1,2 kilomètre de son emplacement actuel, ni des résultats des élections qui ont tenu toute l’Inde en haleine.

Nous avons ensuite repris notre chemin, en espérant également voir les éléphanteaux, mais au moment où nous sommes arrivés à l’endroit mentionné plus tôt par l’ACF, il était trop tard et les petits étaient déjà partis. Nous nous sommes rassurés en nous disant qu’ils avaient été aperçus sur place par l’équipe de surveillance.

Nous avons ensuite traversé la frontière du parc juste à temps pour acheter des épinards dans une épicerie tenue par une vielle dame. Lorsque retentit à 17 h 00 le coup de sifflet des militaires, qui signalait la fermeture des marchés, ma journée semblait revenue à son point de départ, à l’image de la vie de Jamuna et d’autres orphelins réhabilités grâce au travail acharné de notre équipe et à l’aide de nos sympathisants.

Bhaskar Choudhury

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Conseiller principal en matière de programmes
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Brian Sharp, Chargé des interventions d'urgence, coordinateur échouages
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Dr. Ian Robinson, Vice-président, programmes et opérations internationales
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Responsable du sauvetage d’animaux sauvages, siège d’IFAW
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Vétérinaire, Docteur
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Katie Moore, Directrice du programme Interventions d’urgence
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Manager du programme Interventions d’urgence
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Vivek Menon, Directeur du Wildlife Trust of India, partenaire d'IFAW
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