La survie des éléphants dépend de notre action collective contre le commerce de l’ivoire

Une partie du stock d’ivoire américain qui sera broyé cette semaine à Denver (Colorado). c. IFAW/D. GadomskiÀ l’invitation de l’US Fish and Wildlife Service, je m’envole aujourd’hui pour Denver, dans le Colorado, afin d’assister à la destruction de l’ivoire d’éléphant saisi aux États-Unis.

Près de six tonnes d’ivoire d’éléphant de contrebande seront ainsi broyées au Rocky Mountain Arsenal Wildlife Refuge (Refuge naturel national de l’Arsenal des Montagnes Rocheuses). Hautement symbolique, cette destruction d’ivoire reflète la détermination des États-Unis à mettre un terme au trafic de faune sauvage telle qu’énoncée dans le nouveau décret-loi du Président Obama en juillet.

L’organisation pour laquelle je travaille, le Fonds international pour la protection des animaux (IFAW), soutient sans réserve les gouvernements qui décident de détruire leurs stocks d’ivoire pour deux raisons : cette décision symbolique nous rappelle le calvaire enduré par les dizaines de milliers d’éléphants tués chaque année pour alimenter le commerce de l’ivoire et permet de réduire le volume d'ivoire en circulation en le rendant inutilisable.

IFAW est convaincu que la destruction de l’ivoire confisqué enverra un message clair aux consommateurs du monde entier ainsi qu’aux braconniers et trafiquants. Les premiers comprendront que l’achat d’ivoire est immoral et illégal, et les seconds que son commerce ne sera toléré d’aucune manière.

Le paysage de Denver, ses montagnes drapées de leur manteau blanc et son air vif et sec ne sont pas sans me rappeler un voyage qui m’avait conduite sur un autre continent pour assister à un événement similaire.

Il y a 10 ans, dans la réserve naturelle de Kekexili, sur un plateau de l’ouest de la Chine, à près de 5 000 mètres d’altitude, je m’étais jointe à deux reprises aux hauts fonctionnaires chinois pour brûler des milliers de fourrures d’antilopes du Tibet qui avaient été saisies.

Espèce endémique du plateau de Qinghai-Tibet particulièrement menacée, l’antilope du Tibet ou chiru (Pantholops hodgsonii) était massivement braconnée en Chine pour sa laine appelée shahtoosh (la « reine des laines »). Cette dernière entrait en contrebande en Inde et servait à la confection de châles très prisés pour leur légèreté, leur douceur et leur chaleur.

La forte demande de châles en shahtoosh sur les marchés du luxe européen et américain favorisait le braconnage et entraînait la mort de dizaines de milliers de chiru par an.

En brûlant ces fourrures, la Chine demandait à la communauté internationale de l’aider à mettre fin au massacre de l’antilope du Tibet en s’attaquant à chacun des maillons de la chaîne, des braconniers aux consommateurs en passant par les trafiquants.

Les gouvernements et la société civile ont répondu si massivement à son appel que le commerce international et national du shatoosh a pris fin dans le monde entier.

  • En Chine, un réseau de services répressifs a été créé afin de lutter contre le braconnage et veiller à la sécurité du chiru dans son habitat et pendant sa migration vers les hauts plateaux désertiques.
  • Dans les régions indiennes du Jammu et du Cachemire, toute l’industrie a cessé de tisser le shahtoosh au profit de la laine des chèvres de montagne.
  • Sur les marchés occidentaux de la mode, les designers et les clients ont vu dans le shahtoosh un « linceul » et non un « châle » et ont réclamé l’arrêt de son commerce.
  • Pour corriger les failles du marché et durcir la répression, le gouvernement américain a intégré l’antilope du Tibet à sa loi sur les espèces menacées (Endangered Species Act), assimilant ainsi le commerce domestique du shahtoosh à un délit répressible au même titre que son trafic international.

La lutte collective contre le commerce national et international des parties et produits dérivés de l’antilope du Tibet a empêché l’extinction de cette espèce menacée.

Aujourd’hui, ce sont les éléphants qui ont cruellement besoin de cette volonté et de l’engagement des instances politiques à dissoudre les marchés de l’ivoire.

Le braconnage des éléphants en Afrique a atteint un niveau record. Les braconniers utilisent des mitrailleuses, du poison et des grenades propulsées par roquette pour décimer des familles entières d’éléphants, y compris des éléphantes en gestation et des éléphanteaux, pour leur ivoire.

Les éléphants présentent une croissance et un rythme de reproduction lents et une espérance de vie très longue. Le programme des Nations Unies pour l’environnement précise d’ailleurs que les populations d’éléphants risquent de disparaître si elles déclinent de plus de 6 % chaque année. Or, dans de nombreuses régions d’Afrique, le braconnage entraîne une diminution de 11 à 12 % des populations d’éléphants.

La Chine et les États-Unis sont considérés comme les deux plus grands marchés d’ivoire de contrebande. En 2008, une enquête d’IFAW sur les marchés internationaux de l’ivoire sur Internet faisait état de 4 000 objets en ivoire mis en vente, la plupart d’entre eux sur le site américain d’eBay.

Sur notre demande, eBay a interdit le commerce de l’ivoire sur son site Internet.

En Chine, l’ivoire est de plus en plus qualifié « d’or blanc » et prisé des nantis qui le considèrent comme un symbole de prestige. En enquêtant, IFAW a constaté que le commerce illégal de l’ivoire y progresse sous couvert d’un marché légal.

Non seulement, les marchés légaux de l’ivoire offrent une couverture au commerce illégal, mais les officiers de police judiciaire et les consommateurs peinent à définir si l’ivoire vendu sur le marché est légal ou non. Pire, ce « fruit défendu » attise le désir d’un grand nombre de consommateurs.

Un sondage conduit par IFAW de 2013 révèle que « l’interdiction [gouvernementale] d’acheter de l’ivoire en toutes circonstances » est la principale raison qui motiverait les consommateurs chinois à ne plus acheter d’ivoire (60 %).

Selon un sondage de WildAid de 2010, 94 % des citadins chinois s’accordent à dire que « le gouvernement chinois doit interdire le commerce de l’ivoire pour mettre fin au braconnage des éléphants en Afrique ».

L’interdiction du commerce de l’ivoire à l’échelle nationale enverrait un message clair : le massacre des éléphants pour le commerce de l’ivoire ne peut être toléré.

Seules l’adoption et la mise en œuvre de lois fermes et explicites interdisant le trafic de l’ivoire couplées à l’application de sanctions sévères en cas d’infractions sont à même de stigmatiser la consommation d’ivoire et de réduire ainsi sa demande.

À l’instar de la destruction symbolique en Chine des fourrures d’antilope destinées au commerce du shahtoosh, j’espère que la destruction des stocks d’ivoire à Denver encouragera la communauté internationale à se rallier aux États-Unis et à s’opposer fermement au commerce de l’ivoire.

Si nous voulons sauver les éléphants, nous devons mettre un terme au braconnage, au trafic et à la demande d’ivoire.

Grace Ge Gabriel

Pour plus d'informations sur nos efforts pour protéger la faune sauvage, consultez notre page de campagne pour stopper la criminalité contre les espèces sauvages.

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Directeur du programme Éléphants, Directeur régional Afrique australe
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