Braconnage d’éléphants toujours hors de contrôle à Boubandjida en dépit du déploiement militaire sur zone

© IFAW
Lundi, Mars 12, 2012
Reims, France

Il est 9h10, lundi 6 mars, lorsque l’équipe d’IFAW (Fonds international pour la protection des animaux - www.ifaw.org) s’apprête à quitter le Parc national de Boubandjida après deux jours d’évaluation du massacre sans précédent qui a frappé 300 à 400  éléphants au sein du Parc national de Boubanjida depuis début janvier.

Soudain, 63 coups de feu retentissent à moins de 3 kilomètres du campement créant la stupeur et déclenchant l’assaut des soldats d’élite du BIR (Bataillon d’Intervention Rapide) déployés dans le parc à hauteur de 300 hommes depuis le 2 mars dernier. La guerre contre les braconniers est amorcée. A deux reprises, des tirs nourris de plusieurs minutes seront entendus dans la matinée, témoignant d’accrochages violents entre les braconniers et le BIR. Des pertes humaines et des blessés seront à déplorer en fin de journée dans les deux camps: un braconnier et un soldat du BIR décédés, deux soldats du BIR blessés.  

C’est un nouveau groupe de 10 éléphants qui a été la cible des braconniers lundi matin. D’après les hommes sur zone, ces derniers étaient, pour la plupart, très jeunes et par conséquent dotés uniquement de petites défenses que les braconniers n’ont pas eu le temps d’extraire. A l’issue de l’assaut, cinq chevaux, deux sacs contenant respectivement des munitions et de petites défenses ainsi que 8 paires de défenses ont été saisis. Les habitants de Koum, village situé à l’entrée du parc, auraient par ailleurs entendu des tirs la veille de cet accrochage, laissant supposer qu’un autre abattage était à découvrir la semaine dernière. Il semblerait qu’une trentaine d’éléphants abattus ait été retrouvée. Le braconnage reste pour l’heure hors de contrôle. Le BIR vient de doubler ses effectifs sur zone.

« La lutte contre le braconnage est avant tout une guerre, et comme toute guerre elle fait des morts » déclare Céline Sissler Bienvenu, Directrice d’IFAW France et Afrique francophone.

« Ces braconniers agissent en bandes organisées. Ils sont équipés d’armes de guerre automatiques ou semi-automatiques identifiées par les douilles que nous avons retrouvées. Ils connaissent parfaitement le Parc de Boubanjida qu’ils parcourent à cheval depuis début janvier. Leur mission est de prélever un maximum d’ivoire par conséquent d’abattre un maximum d’éléphants jusqu’à fin mars tel qu’ils l’ont signifié aux villageois. Rien ne semble pouvoir les dissuader. Ils disposent donc d’un avantage considérable sur les soldats d’élite du BIR, déployés en urgence sans réelle stratégie d’intervention et, semble-t-il, peu habitués à travailler en pleine brousse. Les autorités du Cameroun que j’ai rencontrées lors de cette mission, tout en reconnaissant une situation de crise, ne semblaient pas mesurer l’ampleur de la tragédie car la problématique de braconnage des éléphants de Boubandjida soulève une autre problématique qu’est celle de la sécurité nationale en raison de la porosité de la frontière entre le Cameroun et le Tchad.»  

La semaine dernière, après avoir rencontré les autorités ministérielles des Forets et de la Faune du Cameroun ainsi que le Gouverneur et le Général du BIR de la province du Nord, l’équipe d’IFAW s’est rendue dans le Parc national de BoubaNjida où elle a pu constater l’extrême violence avec laquelle les éléphants avaient été abattus. Dans certains cas, la disposition des carcasses a permis d’établir le scénario selon lequel les troupeaux d’éléphants avaient été pourchassés par les cavaliers avant d’être mitraillés. Leur trompe a été sectionnée et leurs défenses extraites à coups de machette. « Les éléphants étaient probablement encore vivants lorsque les coups de machette se sont abattus sur eux » précise Sharon Redrobe, vétérinaire de l’équipe d’IFAW. « Ces éléphants ont alors suffoqué et connu une longue et insoutenable agonie ».

Par ailleurs, IFAW a pu constater que l’abattage des éléphants était mené de manière non sélective, tous les membres de la harde étant généralement abattus. De nombreuses dépouilles concernaient de très jeunes animaux âgés de quelques mois à quelques années donc totalement dépourvus de défense ou porteurs de défenses simplement naissantes. En outre, certaines carcasses portaient les stigmates d’un déchainement de violence gratuite. Dans certains groupes, l’état de décomposition des individus différait, laissant supposer que les braconniers avaient attendu que les éléphants survivants viennent ‘se recueillir’ sur la dépouille de leurs congénères pour les abattre eux aussi.

Enfin, chaque carcasse présentait une oreille dont un morceau avait été prélevé par les braconniers. Cette pratique, inconnue au Cameroun, serait en revanche commune au Soudan où les fragments d’oreille d’éléphants sont portés en pendentifs.  Cela renforce l’hypothèse selon laquelle ces cavaliers lourdement armés seraient originaires du Soudan mais n’exclue en rien la participation de tchadiens à ce massacre des éléphants de BoubaNjida.

« Cette tragédie aurait pu être évitée si les autorités avaient pris en considération les sonnettes d’alarme tirées en début d’année d’autant plus que ce qui se joue aujourd’hui à BoubaNjida est une réplication exacte de ce qui s’est produit au Tchad, au Parc national de Zakouma entre 2005 et 2009. Le savoir-faire et la détermination de ces gangs de braconniers n’est plus à démontrer. Il est urgent que le Cameroun, le Tchad et la Centrafrique coopèrent pour préserver leur derniers éléphants et travaillent à l’élaboration d’une stratégie de lutte cohérente» poursuit Céline Sissler-Bienvenu. « D’autre part, au niveau international, le seul moyen de mettre fin à ces attaques sanglantes perpétrées contre les éléphants du Cameroun et du continent africain dans son ensemble, consiste à éradiquer la demande en ivoire. Pour ce faire, une interdiction totale et sans ambigüité de la vente d'ivoire à l'échelle internationale est la seule et la meilleure solution » conclue-t-elle.

Notes :

En 2008, une vente légale exceptionnelle d'ivoire provenant des stocks africains a été autorisée à destination de la Chine et du Japon. Cette vente a fait grimper la demande et a fourni une couverture idéale au trafic d'ivoire. Il en a résulté une hausse spectaculaire des saisies en 2009. Celles-ci n'ont depuis cessé d'augmenter et ce sont 23 tonnes d'ivoire qui ont ainsi été saisies en 2011, un chiffre record à ce jour. Cela ne représente cependant qu'une petite portion de tout l'ivoire vendu illégalement à travers le monde.

IFAW travaille activement à différents niveaux pour combattre le trafic d'ivoire en apportant. son soutien aux gardes forestiers et aux forces de l'ordre dans leur lutte anti-braconnage, plus particulièrement dans les pays d'Afrique de l'Ouest et d'Afrique centrale, où les éléphants sont les plus vulnérables. IFAW travaille de concert avec les douanes et les forces de l'ordre afin de stopper les exportations d'ivoire hors d'Afrique et s’attache à réduire la demande en Chine par le biais de campagnes de sensibilisation, afin de faire comprendre aux gens que chaque morceau d'ivoire provient d'un éléphant mort. IFAW travaille également avec la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction) pour mettre fin à ces ventes légales exceptionnelles d'ivoire, qui aboutissent invariablement à une hausse de la demande et à la mort des éléphants et des gardes forestiers qui essaient de les protéger. 

IFAW a récemment signé un protocole d’accord avec les autorités tchadiennes afin d’appuyer la lutte contre le braconnage au sein du Parc national de Sena Oura lequel est frontalier de BoubaNjida.

Rq : la vente légale à laquelle il est fait référence ci-dessus date de novembre 2008. Un total de 108 tonnes d'ivoire en provenance du Botswana, de l'Afrique du Sud, de la Namibie et du Zimbabwe avait été écoulé alors. Outre ses actions politiques et le soutien apporté aux gardes forestiers et aux patrouilles de lutte contre le braconnage, notamment dans les parcs nationaux de Tsavo (Kenya) et de Liwonde (Malawi), IFAW a mis sur pied une équipe anti-braconnage mobile d'évaluation et de formation.

À propos d'IFAW (le Fonds international pour la protection des animaux)

Fondé en 1969, IFAW sauve les animaux en détresse tout autour du globe. Grâce à des projets dans plus de 40 pays, IFAW vient en aide à tout animal le nécessitant, œuvre pour prévenir la cruauté envers les animaux et plaide pour la protection des

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