« Mission impossible » : entretien avec Rachel Link de National Geographic

Regardez la vidéo « Mission impossible » dans son intégralité ci-dessus.

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Je me suis récemment entretenu avec Rachel Link, productrice adjointe de l’équipe multimédia de National Geographic. Notre conversation a été retranscrite ci-dessous. Michael Booth

Entretien avec Rachel Link de National Geographic

RL: Pourquoi avoir conduit l’opération de sauvetage des éléphants dans cette région de la Côte d’Ivoire ?

MB : Une population restreinte d’éléphants sauvages de forêt subsistait dans de petites poches boisées, vestiges de la grande forêt qui s’étirait autrefois à la périphérie de Daloa, la troisième ville de Côte d’Ivoire. Les éléphants, en mangeant les récoltes des paysans, avaient déclenché leur colère.

Au fil des années, la situation était devenue intenable. Les villageois ne pouvaient plus se nourrir convenablement et plusieurs d’entre eux avaient perdu la vie à la suite de confrontations avec les pachydermes.

La seule solution pour protéger ces éléphants menacés était donc de les transférer vers une zone protégée ; dans le cas présent, vers le parc national d’Azagny, au sud du pays.

RL : Le Fonds international pour la protection des animaux (IFAW) avait-il déjà porté secours à des éléphants de forêt par le passé ?

MB : Nous avions déjà déplacé 83 éléphants lors d’une opération de grande envergure au Malawi en 2009, mais il s’agissait alors d’éléphants de savane. La savane est un environnement beaucoup plus propice à ce genre d’opérations car les éléphants y sont très visibles, ce qui simplifie leur capture et leur transfert.

Dans une forêt dense de Côte d’Ivoire, c’est une autre paire de manches. À notre connaissance, il s’agit de la première opération de transfert d’éléphants de forêt de l’histoire. Nous n’avions aucune idée de la tournure que l’opération allait prendre.

RL : Comment s’est déroulé le tournage de l’opération ?

MB : Cette opération a été l’une des plus dures à filmer que nous ayons jamais eues. C’était un véritable cauchemar.

Nous avons passé des journées entières à pister les éléphants dans une forêt dense, sur des chemins parfois totalement impraticables qu’il fallait éclaircir à la machette. L’air était chaud et moite, et nous étions en alerte permanente car nous ne savions jamais vraiment comment les éléphants réagiraient à notre présence.

RL : Pouvez-vous me parler des événements qui ont eu lieu le deuxième jour de capture ?

MB : Très tôt dans la matinée du deuxième jour, nous avions repéré un groupe de trois éléphants juste à côté de notre base. La chance semblait nous sourire, et une équipe est donc partie à pied pour anesthésier le premier éléphant au sol.

Après avoir reçu la fléchette tranquillisante, l’éléphant s’est enfui et nous avons dû le suivre à travers une végétation extrêmement dense. Malheureusement, quand nous l’avons trouvé, l’animal était tombé dans un marais.

Le vétérinaire lui a immédiatement administré un antidote pour qu’il se réveille et puisse se dégager, mais en vain. L’éléphant est mort noyé.

RL : Comment l’équipe a-t-elle vécu cet événement ?

MB : Malgré toutes les précautions prises pour éviter de blesser ou de tuer un éléphant, cette opération restait très risquée. La mort de l’éléphant a été un moment de grande frustration et de chagrin pour tous les membres de l’équipe.

Cela étant, nous ne pouvions pas baisser les bras pour autant, car les éléphants survivants couraient à une mort certaine. Dans une situation complexe comme celle-ci, notre équipe n’avait d’autre choix que de poursuivre la capture. Le jour suivant, nous avons donc repris l’opération, seul véritable espoir de survie des éléphants.

RL : Les éléphants secourus s’habituent-ils à leur nouvelle maison dans le parc national d’Azagny ?

MB : Les éléphants sont en vie et en bonne santé, et des gardes-forestiers les surveillent en permanence.

Malheureusement, le nombre de conflits entre humains et éléphants ne cesse d’augmenter en Côte d’Ivoire et dans d’autres pays à mesure que l’habitat naturel des éléphants diminue et se fragmente.

L’équipement construit sur mesure pour cette opération de sauvetage inédite et l’expérience acquise nous seront d’une grande aide à l’avenir. Cependant, le transfert d’éléphants ou d’autres animaux vers des zones protégées doit être envisagé uniquement quand toutes les autres possibilités ont été écartées.

Au vu de la situation actuelle, les mesures de protection des habitats et la lutte contre le braconnage et le commerce d’espèces sauvages sont plus nécessaires que jamais.

Michael Booth

Découvrez le travail d’IFAW pour protéger les éléphants d’Afrique sur notre page de campagne.

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Vice-président pour la conservation et la protection animale
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